ÉCONOMIE DE L'AGRICULTURE. 7
Plusieurs personnes, fatiguées de la vie du monde, ou cherchant un moyen honorable d'augmenter leur revenu, ont lu avec un certain zèle, mais aussi avec légèreté, des ouvrages sur l’agriculture; elles y ont trouvé le compte rendu, par quelque cultivateur, des produits avantageux qu'il a retirés d’un genre de culture, et elles n’ont pas hésité à croire que, malgré leur défaut d'expérience et d’instrucuon, elles atteindraient d’abord le même succès. Elles ont fait une entreprise qui présentait des difficultés, et, voulant hâter le moment de jouir de leurs conceptions, elles n’ont pas mis, dans leur manière de procéder, cette müre réflexion qui accélère la réussite. De cette précipitation sont nés des mécomptes, et de ceux-ci le dégoût. Ainsi ces commencants, attribuant À la mature ce qui n’était que l'effet de leur inexpérience, ont pris une sorte d’aver- Sion pour une profession dont ils n’ont point encore pu connaître les avantages. Un mécompte en a entraîné un autre; en renoncant à leur entreprise, ces personnes ont dû faire le sacrifice de toutes leurs avances, et souvent leurs successeurs leur ont fait payer jusqu’à la destruction de cela même qu’elles avaient le mieux combiné. Ainsi elles ont diminué leurs ressources, au lieu de
les augmenter, comme c’eût été le cas si l'expérience et la persévérance eussent
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présidé à leurs entreprises. ÿ. 9-
L’on doit donc bien se garder de commencer à la légère une entreprise agricole de quelque importance; il faut, au contraire, consulter toutes les con- vesances qui se rapportent à la position où lon est, aux goûts que l’on a, età l'état politique et moral du pays où l’on veut s'établir; examiner soigneusement toutes les circonstances du fonds sur lequel on a jeté son dévolu; surtout il faut bien consulter ses propres moyens. Les circonstances pécuniaires de celui qui fait une entreprise agricole, doivent, comme on le verra bientôt, avoir une grande influence sur le succès de cette entreprise. Mais ces moyens pécu- niaires courraient de grands risques, si l’exploitation n’était pas dirigée avec prudence et avec capacité. Il est donc indispensable qu'avant tout, celui qui doit diriger l’ex- ploitation possède, non-seulement les connaissances théoriques, mais encore les pratiques qui se rapportent à cette direction.{l faut qu'il sache exécuter, afin de savoir ordonner, et de pouvoir juger par lui-même de la possibilité de ce qu'il exige des gens qu’il emploie. En particulier il faut qu'il s’habitue à mettre l’ordre le plus rigoureux dans toutes les parties de l'administration, et à sou- mettre toutes ses opérations au calcul le plus exact de leurs frais et de leurs produits. Ce dernier soin, seul, peut lui indiquer quelles sont celles de ses opé- tations qui sont désayantageuses, et auxquelles, par conséquent, il doit renon-


