482 LES SECRETS malheur; car ce serait faire un mal énorme pour un bien mince avantage.
Le cousin. Les personnes qui ont de grands trou- peaux de bêtes blanches, disent cependant que cela procure d’assez bons bénéfices.
Benoft. D’assez bons bénéfices! je le crois bien. Écoutez-moi: le maître chezlequel j’ai servi pendant plusieurs années en Flandre, avait habité pendant quelque temps en Angleterre; je lui ai entendu raconter que, dans une paroisse voisine de celle qu’il habitait, se trouvait une prairie enclose, fort étendue et d’excellente qualité, mais qui était gre- vée d’une singulière servitude: un des plus riches particuliers du lieu, descendant d’un ancien pro- priétaire de cette prairie, avait Le droit d’y mettre un cheval en pâture pendant toute l’année, et ül était interdit au propriétaire de la prairie d’y faire pâturer aucune autre tête de bétail; cette clause avait été stipulée à perpétuité, et par acte inatta- quable. Il en résultait que le produit de la prairie était diminué tous les ans, de la valeur de trois à quatre mille francs, plutôt par le dégât que le cheval faisait avec ses pieds, que par la quantité d’herbe qu’il consommait réellement. Si l’on eût dit au propriétaire du cheval que c'était faire un grand dommage pour un bien mince profit, il eût répondu probablement, comme vos propriétaires de
bêtes blanches, que cela lui procurait vn assez box
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