3 „Le roi des animaux se mit un jour en téte „De giboyer, il celebrait sa fête“ et „Le gibier du lion ne sont pas de moineaux „Mais bons et beaux sangliers, daims et cerfs bons et beaux.“
Il se sert du secours de l'âne à la voix de Stentor, pour effrayer les animaux:„Làne à messir Lion fit office de cor.“ Mais la chasse finie, comme l'ane ose prétendre à quelque mérite, le roi le renvoie ironiquement:
„Oui“ reprit le lion,„c'est bravement crié. „Si je ne connaissais ta personne et ta race „J'en serais moi— mèême effrayé.“
C'est de cette manière que le roi fait usage de ses sujets dans son propre interèét. Il a fait société, au temps jadis, avec la génisse, la chèvre et leur sœur la brebis, pour mettre en commun le gain et le dommage: il partage le cerf en quatre parts et prend pour lui la pre- mière, en qualité de sire:„Elle doit être à moi“ dit-il„et la raison c'est, que je m'appelle Lion „A cela on n'a rien à dixre.
„La seconde, par droit, me doit échoir encore. „Ce droit vous le voyez, est le droit du plus fort. „Comme le plus vaillant je prends la troisième, „Si quelqu'un de vous touche à la quatrième
„Je l'’étranglerai tout d'abord.“
Il connatt les divers talents de ses sujets et sait tirer quelque usage de ses moindres
vassaux:
„Le lion dans sa tête avait une entreprise
„Il tint conseil de guerre, envoya ses prévoôts
„Fit avertir les animaux“ 1 et il emploie l'éléphant pour porter sur son dos l'attirail nécessaire; l'ours pour donner les assauts, le renard comme ménager de secrètes pratiques; le singe pour amuser l'ennemi par ses tours; et même T'àne et le lièvre trouvent un emploi, laune sert de trompette et le lièvre de courrier.—
Comme bon roi il veille au bien public.„La peste faisait aux animaux la guerre.“ Comment sauver ses bon sujets? Le roi tient conseil, il fait un bon discours à ses sujets, maintenant„ses chers amis.“ II est convaincu que le ciel a permis cette infortune à cause de leurs péchés, il connait par T'histoire, qu'en de tels accidens quelqu'un se sacrifie. Qui est done le plus coupable? II ne se flatte point, il voit sans indulgence l'état de sa conscience, il con- fesse tous ses péchés, il a dévoré force moutons innocents, et mèême il a mangé quelquefois le berger.„Je me devouerai donc, s'il le faut.“ Quel bon roi! II veut sacrifier son auguste personne, pour sauver la vie de ses sujets! Mais est-il donc en effet le plus coupable?„Je pense,“ ajouert-il,„qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi
„Car on doit souhaiter selon toute justice „Que le plus coupable périsse!“ et bien entendu, il n'est pas le plus coupable, ni l'ours, ni le tigre, mais l'äne qui a mangé l'herbe d'autrui.“
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