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anciens et les siennes. En effet la différence est grande. La fable jusqu'alors une espèce de philosophie concise, simple, nue, quelquefois ennuyeuse devient sous le génie de Lafontaine une poésie douce, aimable, faite pour tous les états, pour tous les âges. Lafontaine ne semble vouloir que nous intretenir et nous amuser. La morale enveloppée d'une forme agréable n'a plus rien de froid. Les vérités entrent par notre fantaisie dans notre esprit et dans notre sentiment.—
La plupart des fabulistes anciens et modernes ont introduit des animaux, doués d'une raison et d'un langage comme des personnages humains. Pourquoi cela? Comme la concision était leur principale loi, ils n'avaient qu'à nommer un animal quelconque, pour éveiller dans l'esprit du lecteur l'idée du caractère du personnage qui devait figurer dans leur pièce.„Un loup,“„un renard,“ qui ne connait pas leur caractère? Mais si le poète avait dit„un homme“ cela m'aurait reveillé l'idée d'aucun caractère précis, car les caractères des hommes sont trop différents. Lafontaine a imité ses modèles, comme eux il introduit des animaux réfléchissant, parlant. Mais non content de les nommer, pour les caractériser il fait de vrais personnages dramatiques, il développe leurs caractères et fait de son livre„Une ample comédie à cent ac- teurs divers.“
Cependant les animaux ne sont pas les seuls qui ont droit à la fable. Le fabuliste peut faire entrer en scène des dieux, des hommes, mèômes des plantes, il peut, selon ses besoins, animer tous les étres, pourvu que les caractères soient vrais et aptes à représenter la vérité que le poète s'est proposée de traiter.
Voyons d'abord, pour connaitre le génie de Lafontaine, quel est le sujet de ses fables, c'est-à dire les caractères de ses personnages et la morale qu'il nous enseigne par eux. Après cela nous jetterons un coup d'oeil sur l'art de sa composition, le charme de son style et la variété de sa versification.
Nous voyons dans le petit livre de Lafontaine reparattre tout un monde, roi, grands seigneurs, clergé, bourgeois, paysans.
C'est le roi qui tout d'abord attire nos regards.
Le lion est puissant et fort, toujours sérieux et grave; il est„la terreur des bois,“ car courage, force et vigilance sont les qualités qui le distinguent. Et connaissant bien ses qualités il est plein d'orgueil et méprise toux ceux qui sont moins forts, moins puissants que lui. II les appelle„chétifs,“„chétif insecte, excrément de la terre;“„chétif hôte des bois.“ Du haut de sa puissance il voit tous les étres comme des vermissaux. II ne daignera mèême pas les chatier de sa main
„Chétif hôte des bois
„Tu ris! tu ne suis pas ces gémissantes voix! „Nous n'appliquerons pas sur tes membres profanes „Nos sacrés ongles, venez loups;
„Vengez la reine; immolez tous
„Ce trattre à ses augustes manes.“—
La Majesté lionne s'intérresse à ses sujets. A propos d'un grand festin elle veut con- naitre tous ses sujets et en même temps leur faire voir sa puissance, la splendeur de son Louvre et de toute la cour. On aime les fêtes et les divertissements dignes d'un roi:


