Aufsatz 
Bossuet comparé à Fénelon / Abhandlung des Gymnasiallehrers Dr. Gustav Wachenfeld
Entstehung
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ne veux que deux choses, dit Fénelon, qui composent ma doctrine: la première, c'est que la charité est un amour de Dieu pour lui-méme, indépendamment du motif de la béatitude qu'on trouve en lui; la seconde est que, dans la vie des âmes les plus parfaites, c'est la charité qui prévient toutes les autres vertus, qui les anime et qui en commande les actes, pour les rap- porter à sa fin: en sorte que le juste de cet état exerce alors d'ordinaire l'espérance et toutes les autres vertus avec tout le désintéressement de la charité méême qui en commande l'expé- rience. Dieu sait que je n'ai jamais voulu enseigner rien qui passe ces bornes. ¹⁹) Qui ne penserait pas, en lisant ces mots, aux paroles semblables de St. Paul(1 Cor. 13.)?

Dans son testament du 5 mai 1705, Fénelon déclara:Quand j' écrivis le livre inti- tuléExplications des maximes des saints, je ne songeais qu'à séparer les véritables expé- riences des saints approuvés de toute l'église d'avec les illusions des faux mystiques, pour justi- fier les unes et pour rejeter les autres. ²⁰)

Mais qu'est-ce qui arriva?

Sur la publication du livre de Fénelon, Bossuet entra dans une si grande colère qu'il ne se donna ni repos ni tréeve qu'il n'eüt rangé l'archevéque de Paris, le confesseur de Mme de Maintenon et presque toute la cour de son parti. Il regarda déès lors Fénelon comme son plus grand ennemi. Plus celui-ci se montra un adversaire fort et habile, qui, comme Lessing, par le repos et la clarté, par l'ironie tranchante et par son beau style coulant, savait intéresser méme le grand public pour des questions sèêches et stériles, plus le zèéle de Bossuet devint passionné et surpassa toutes les bornes de l'égard au collègue et à l'ancien ami.

Irrité toujours par son neveu intrigant, l'abbé Bossuet à Rome, il n'écrivit pas seule- ment la célèbrerelation du quiétisme, mais il publia même différentes lettres confidentielles de Fénelon et nourrit le bruit de rapports équivoques de son adversaire avec Mme Guyon. ²¹) L'éclat que firent ces écrits d'un homme tel que Bossuet fut extraordinaire. Toute la cour se moquait de Fénelon et de son amie intime, et méêéme les amis du dernier commençaient déjà à désespérer, lorsque, cinq semaines apres, il fit paraitre sa réponse frappante, qui détruisit, tout d'un coup les bruits calomnieux. ²²*) Dans la littérature considérable de cette controverse fächeuse, la relation du quiétisme par Bossuet et la réponse par Fénelon sont, sans doute, les plus importants ouvrages. Les écrits qui les suivirent sont plus ou moins des répétitions de ce qu'ils avaient déjà dit auparavant.

Les relations intimes d'autrefois entre ces deux grands hommes avaient tout à fait changé. Pour se former une idée de la fureur et de l'hostilité de Bossuet contre son adver- saire, il faut seulement lire sa correspondance avec son neveu à Rome. Les écrits et les lettres de Fénelon prouvent, au contraire, une sage réflexion et une modération admirable. II avait complétement raison d'écrire à Bossuet:Le lecteur sans passion est étonné de ne trouver, dans un ouvrage fait contre un confrère soumis à l'église, aucune trace de cette modé- ration qu'on avait louée dans vos écrits contre les ministres protestants.Je suis ce cher auteur que vous portez dans vos entrailles pour le précipiter, avec Molinos, dans l'abime du quiétisme. Vous allez me pleurer partout, et vous me déchirez en me pleurant. ²⁹)

¹9) Lettre de Fénelon au duc de Beauvilliers, de 3 aoũt 1697. ²⁰) Bausset, Histoire de Fénelon III., p. 455. ) Bausset, Histoire de Fénelon I., p. 468 etc., Bossuet, Relation du quiétisme, section VI., 18. ²²) Bausset, Histoire de Fénelon I., p. 499. ²⁸) Voyez la correspondance de Fénelon chez Bausset I., p. 442.