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Apréès avoir fini l'éducation du Dauphin, Bossuet fut nommé premier aumônier de Mume la Dauphine, le 9. mars 1680. Un an apres, il fut promu à l'évéché de Meaux. II n'avait pas encore recu la sanction du pape, lorsque l'assemblée métropolitaine de Paris le nomma député à l'assemblée générale de 1682 et le désigna à faire le sermon d'ouverture. On sait avec quelle clarté et force il a défendu la régale dans les quatre articles gallicans. Mais ce qui affligea Bossuet, ce fut la dissolution si brusque de l'assemblée de 1682 par le roi, lorsqu'elle s'occupait d'une résolution contre les casuistes proposée par Bossuet. Le roi y avait été influencé par le cardinal d'Estrées à Rome, ami des jésuites, probablement de concert avec le confesseur du roi, le Père de la Chaise, qui était lui-méme jésuite.
Le premier septembre 1683, Bossuet prononca à St. Denis l'oraison funébre de la reine vertueuse Marie-Thérèse, épouse de Louis XIV, qui mourut à l'àge de 45 ans, peu de jours après son retour d'un voyage de triomphe qu'elle avait fait avec le roi pour voir l'armée et les forteresses de frontière.
Ce fut là et dans son discours sur l'histoire universelle que Bossuet fit un grand éloge du roi, qu'il appelait Louis le Grand, malgré ses défauts, qu'il ne méconnaissait pas.
En effet, ils s'estimaient l'un l'autre, et Bossuet restait dans la grace de Louis XIV jusqu'à la fin de ses jours.
Ce fut sur la demande de Bossuet que le jeune abbé de Fénelon fut chargé des missions en Poitou, ou plutòôt sur le littoral, entre l'embouchure de la Sèvre et celle de la Gironde, dans l'Aunis et la Saintonge.“) Lorsque celui-ci, recommandé par le duc de Beauvilliers et par Mme de Maintenon, fut devenu précepteur du duc de Bourgogne, Bossuet vint souvent de Meaux à Versailles se convaincre des progrèes du duc de Bourgogne et se réjouir du choix d'un tel maitre que Fénelon, dont la supériorité d'esprit et l'éloquence naturelle charmait alors toute la cour. La confiance de Mme de Maintenon en lui était si grande qu'elle le pria de lui exposer franchement par écrit ses défauts. La réponse de Fénelon, écrite en 1690, prouve à la fois sa franchise et son talent extraordinaire de juger les hommes.„On dit, écrivit-il à Mme de Maintenon, que, quand vous commencez à trouver quelque faible dans les gens que vous avez espéré de trouver parfaits, vous vous en dégoütez trop vite, et que vous poussez trop loin le dégoũüt.“ Ce jugement de Fénelon sur Mme de Maintenon s'accorde tout à fait à celui du duc de Saint- Simon sur elle.
En 1695, Fénelon fut nommé, par le roi, archevéque de Cambrai et sacré, à St. Cyr, par Bossuet et par l'évéque de Chartres, en présence de Mme de Maintenon et des petits-fils de Louis XIV, qui lui permit de passer neuf mois de l'’année à la cour, pour perfectionner l'éducation des princes.
Mais l'affaire du quiétisme irrita tant le roi contre Fénelon qu'il perdit la grâce de son souverain et sa place de précepteur. Le roi ne l'avait jamais goüté. II lui paraissait, „le plus bel esprit et le plus chimérique de son royaume.“ Son esprit, son imagination, son éloquence fervente, sa sagacité, ses idées religieuses et politiques et sa sincérité ne pouvaient plaire à un roi si calme et si prosaique, qui était trop accoutumé à des flatteries et qui persé- cutait tous les novateurs. Mme de Maintenon n'avait ni le courage ni l'envie de défendre son
*) Douen, l'intolérance de Fénelon, Paris 1872.


