Aufsatz 
Bossuet comparé à Fénelon / Abhandlung des Gymnasiallehrers Dr. Gustav Wachenfeld
Entstehung
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et ouvert aux remontrances raisonnables et religieuses. L'instruction supérieure de Bossuet surpassa, malgré lui, la capacité du Dauphin, Fénelon sut parfaitement s'accommoder à l'intel- ligence de son élève. Mais ce qui est le plus admirable, c'est le génie avec lequel il dompta les fureurs du prince et le rendit le plus raisonnable et le plus aimable homme du monde. Le Dauphin, opprimé, déès l'enfance, par la jalousie du roi, son père, et intimidé par l'austérité du duc de Montausier et la sévérité de Bossuet, fut dégoüté des sciences et devint indolent aux affaires publiques, dont son père le tenait éloigné, pendant sa vie. L'élève de Fénelon, le duc de Bourgogne, aimé par le roi, son grand-père, et admis, de bonne heure, aux conseils des ministres, devint le modèle d'une bonne éducation et charma toute la cour et toute la France, par ses talents, par ses connaissances et par ses vertus. Mais il eut perdu son énergie, la süreté et la fermeté d'agir, à la tête d'une armée, dans les moments décisifs, comme nous voyons dans la guerre faite pour la succession en Espagne. Le Dauphin et son fils n'étaient pas hommes de fait, l'un était trop paresseux et trop indifférent, l'autre, trop scrupuleux et trop indécis; l'un ne connaissait pas les affaires, l'autre ne connaissait pas les personnes. L'un n'avait ni rien appris ni rien désappris, l'autre avait tout appris, excepté à agir indépendam- ment. Il est vrai que, dans l'éducation de leurs élèves, Bossuet et Fénelon ont trouvé de grandes difficultés: mais celui-ci eut le talent de les surmonter, celui- en manqua, étant trop supérieur dans ses idées, à l'horizon du Dauphin..

Un coup d'oeil sur leurs écrits pédagogiques le prouvera. Bossuet a composé trois chefs d'oeuvre pour son élève: ce sont letraité de la connaissance de Dieu et de soi-même, dont pous avons déjà parlé,le discours sur l'histoire universelle et laPolitique tirée des paroles de l'Ecriture sainte. Ces ouvrages, principalement le deuxième, sont excellents, pleins d'esprit et instructifs, mais entièrement au-dessus de l'intelligence de la jeunesse.

Les ouvrages de Fénelon composés pour son élève sont tout autres: ils peuvent étre goütés, comme les contes allemands des frères Grimm, avec le même intérét et par la jeunesse et par la vieillesse. II y en a aussi trois: les fables, les dialogues des Morts, le Télémaque. Les deux premiers ont été inventés exprèés pour le prince, pour corriger ses fautes morales, et écrits dans un langage pur, clair et simple; te troisièéme, composé non directement pour le duc de Bourgogne, est une brillante épopée en prose, écrite dans un langage élevé et mélodieux. Les Fables dépeignent surtout la préférence de la vie de campagne, les Dialogues des Morts, les fautes et les vertus de princes célèebres, le Télémaque montre l'idéal d'un bon roi et les ter- reurs de la tyrannie.

Les deux ouvrages, le discours de Bossuet sur l'histoire universelle et le Télémaque, sont de vraies productions de génie: celui- est une philosophie spirituelle de l'histoire, comme les idées sur la philosophie de l'histoire par Herder, mais regardée uniquement du point de vue chrétien et catholique, le Télémaque est, malgré les exagérations, les contradictions, les lon- gueurs et les descriptions détaillées des fétes de Vénus, qui troublent le goũt poétique et ne sont pas convenables à la lecture de jeunes gens, un poème unique, qui mérite bien l'admiration des peuples et les centaines d'éditions et de traductions qu'il a trouvées. 3

Bossuet fut bientôt oublié par le Dauphin, tandis que Fénelon resta, pendant toute sa vie, dans les rapports les plus intimes avec son élève.