— 3—
Chapitre II.
Leur activité pastorale et épiscopale.
Le nom de Bossuet rappelle surtout les triomphes de son éloquence sacrée à Metz, à Toul, à Dijon, à St. Germain en Laye, à Paris, à Meaux. Ses sermons, dont nous possédons encore une collection considérable, principalement ceux sur la mort, sur l'unité de l'église, sur l'exaltation de la sainte croix, puis ses panégyriques et, avant tous, ses oraisons funèbres, sont, pour la plupart, de véritables chefs d'oeuvre. Qui pourrait lire, sans émotion et sans admiration, l'oraison funèbre de la reine Henriette d'Angleterre ou de Madame, sa fllle, ou du grand Condé? Les peintures des souffrances de la reine malheureuse d'Angleterre, veuve
de Charles I., du subite dépérissement de son aimable fille fleurie, du caractère héroique et supeérieur du prince Condé, comparé à celui de Turenne, sont en effet sans égales. Dans un langage clair et sublime, nerveux et concis, où aucun mot ne semble étre superflu, Bossuet y déroule la vie intéressante des défunts, donne du relief à la puissance terrible de la mort, élève enfin l'espérance chrétienne; c'est ainsi qu'il attriste, console, entraine tous les coeurs de ses auditeurs. Chaque tour d'éloquence annonce du génie, et il est incompréhensible qu'à la fin du dix-septième sièécle les Parisiens, en vantant les sermons de Fléchier, de Bourdaloue et de Massillon, successeurs de Bossuet en chaire, semblent avoir entièrement oublié le grand prédécesseur.
Les sermons de Fénelon étaient, si l'on peut en juger d'après le peu qui en reste et- d'après ses biographes, plus populaires et plus doux, mais moins originaux et moins majestueux que ceux de Bossuet, qui était un vrai foudre d'éloquence. Mais tous les deux, qui préchaient avec le plus de zèle et de vigueur dans les carémes, ne suivaient en chaire que ces deux buts, la gloire de Dieu et l'édification des hommes, en répudiant toute affectation et toute vanité.„La simplicité et la vérité, dit Bossuet, voilà les seuls ornements de l'éloquence chrétienne.“„La véritable éloquence, dit Fénelon, n'a rien d'enflé et d'ambitieux: elle se modère et se proportionne aux sujets qu'elle traite et aux gens qu'elle instruit.“
Quant à la préparation pour la chaire, il faut dire que ni Bossuet ni Fénelon n'ap- prenaient verbalement par coeur leurs sermons, mais qu'ils prechaient d'après un petit canevas qu'ils avaient fixé sur le papier.„Représentez-vous, dit Fénelon, un homme qui n'oserait dire que sa lecon: tout est nécessairement compassé dans son style. On peut dire de lui ce qu'on disait d'Isocrate: sa composition est meilleure à étre lue qu'à etre prononcée. Ce n'est point un homme qui parle, c'est un orateur qui récite ou qui déclame: son action est contrainte: ses yeux, trop arrétés, marquent que sa mémoire travaille, et il ne peut s'abandonner à un mouvement extraordinaire, sans se mettre en danger de perdre le fil de son discours.“
Bossuet précha encore à l'âge de 75 ans avec une voix claire et nette et sans aucune incommodité. De méeme, Fénelon préècha sans difficultés jusqu'aux dernières semaines de sa vie. Comme évéeques, ils tenaient régulièrement les conférences ecclésiastiques et les synodes diocésaines, ils étaient très exacts à visiter leurs diocèses, ils fréquentaient les malheureux,


