D'habillements de pourpre et de suite de pages,. Quand le terme est échu, n'allonge point nos jours; Il faut aller tout nus oùð le destin commande; Et de toutes douleurs la douleur la plus grande, C'est qu'il faut laisser nos amours.- Ces idées de la fragilité de toutes les choses d'ici-bas se retrouvent encore dans la pa- raphrase du psaume 145. „»N'espérons plus, mon äàme, aux promesses du monde; Sa lumière est un verre, et sa faveur une onde Que toujours quelque vent empéêche de calmer. Quittons ces vanités, lassons-nous de les suivre: C'est Dieu qui nous fait vivre, Gest Dieu qu'il faut aimer.
„Là(dans les grands tombeaux) se perdent ces noms de maitre de la terre, lyarbitres de la paix, de- foudre de la guerre; Comme ils n'ont plus de sceptre, il m'ont plus de flatteurs; Et tombent avec eux, d'une chute commune, Tous ceux que leur fortune Faisait leurs serviteurs.-
Il est donc aisé de comprendre qu'un écrivain à tel point soucieux de la pureté du lan- gage ne se soit pas borné à en créer des modèles en poésie, mais qu'il ait täché de sanction- ner ses théories par des essais en prose. Mais bien que les littérateurs français placent fort haut dans leur estime le Malherbe poête et versificateur, la plupart d'entr'eux ne paraissent guère faire grand cas du prosateur Malherbe. Et cependant le législateur de la langue nous a laissé en prose des écrits qui lui assignent à juste titre une place assez marquée. Outre un grand nombre d'épitres familières nous connaissons de lui une lettre adressée à la princesse de Conti au sujet de la mort de son père, ses traductions de Sénèque et celle du troisième livre de Tite-Live, ouvrages qu'il considérait lui-méême comme des modèles non moins dignes de sa doctrines que ses poésies. A r'égard de ses lettres familières, il écrit à son cousin M. de Bouillon:»Je suis bien aise que mes lettres vous soient agréables. Vous en pensez m'ouir deviser au coin de mon feu. Gest là, ou je me trompe, le style dont il faut écrire les lettres« Cette haute opinion il Pavait pour sa traduction de Tite-Live, de sorte qu'un jours quelques-uns de ses amis lui demandant de fixer sa doctrine par la publication d'une grammaire, il le refusa en les renvoyant à la lecture de cette oeuvre comme modèle de la manière d'écrire. Toutefois, ces explosions d'amour— propre ne sont pas des preuves de la supériorité de sa prose, sans compter qu'il y manque fréquemment de vivacité et de gràce. Cependant, au point de vue de la langue, à l'égard de la correction du style, ses ouvrages, surtout les traductions des traités de Sénèéque et de Tite-Live, ne démentiront certainement pas ses poésies. Et s'il est juste d'appeler Balzac le vrai créateur de la prose française, comme Malherbe lui-mêème en parle:»Ce jeune homme ira plus loin pour la prose que personne n'a encore été en France«— au moins demeure-t-il vrai que Malherbe lui a frayé la voie. Après


