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tous des vers de commande ou de circonstance. Il préta sa plume non-seulement pour- glorifier les exploits de Henri quatre, mais encore pour chanter les petits évènements de la cour, méme les passions coupables des grands ét du monarque: sujets vraiment peu dignes de la poésie. D'après le désir de son protecteur, le Grand-écuyer M. de Bellegarde, il fit des stances:»Aux dames, pour les demi-Dieux marins, dont il juge lui-méême ainsi dans une lettre à un ami:»Monsieur le Grand me commande de faire des vers pour les dames. Je fis ce que je pus pour m'en excuser, mais il y eut ordre.--* Yen fis pourtant, car il fallut obéir; mais ce furent de vers de nécessité. IIs ne laissent pas d'tre loués; le mal est que je ne les loue pas et que je ne veux pas qu'on les voie.« On n'en sera guère étonné sachant quelle idée peu élevée il se faisait de la poésie et d'un poète en général; tandis que celle-là n'est bonne que spour le plaisir des oreilles,« celui-ci ne lui vaut ⸗qu'un bon joueur de quilles⸗ Voici un autre mot de Malberbe qui prouve combien peu de cas il faisait de lart de la poésie. II disait un jour à son élève Racan:-Voyez-vous, Monsieur, si nos vers vivent après nous, toute la gloire que nous en pouvons espérer est qu'on dira que nous avons eu une grande puissance sur les paroles, pour les placer si à propos chacune en leur rang, et que nous avons été tous deux bien fous de passer la meilleure partie de notre âge en un exercice si peu utile au publie et à nous, au lieu de l'employer à nous donner du bon temps, ou à penser à V'établissement de notre fortune.« ¹) Mais, chose assez singulière, parmi ces pièces de circonstance, inspirées par le désir d'obtenir ou de payer un bienfait, se trouvent précisément les plus belles qui soient sorties de sa plume. Aussi sa vanité littéraire et sa bonne opinion sur ses propres oeuvres se proclama-t-elle assez fréquemment. II n'éprouve aucune espèce de faux scrupule de modestie quand il dit: daur 1 noie 14ℳ ,3
„»Les ouvrages communs vivent quelques années;
Ce que Malherbe écrit dure éternellement.« 2) 3
Et encore:
»Les puissantes faveurs dont Parnasse m'honore
Non loin de mon berceau commencèrent leur cours;
Je les possédai jeune et les possède encore,
Au déclin de mes jours ⸗3) 1 1c
Un jour, la princesse de Conti lui disait:»Je veux vous montrer les plus beaux vers du monde-.„Pardonnez-moi, madame-, répliqua Malherbe, ⸗je les ai vus, car sil sont les plus beaux du monde, il faut nécessairement que ce soit moi qui les ai faits.«—
Ces traits nous peignent suffissamment le caractère hautain du réformateur; d'un autre côté, il était assez courtisan pour se subordonner au roi et à la cour en tout ce qui ne touchait pas au domaine du langage. Il met dans son respect pour la monarchie souveraine la même abnégation, le même dévonement, la méême logique que dans celui qu'il a pour la religion catholique. Ses convictions en matière religieuse sont contestables, peut-étre; néan- moins, il donne à sa passion pour Pordre, à son sentiment de discipline, cette thèse, peu phi-
1) Vie de Malherbe, par Racan. 2) Sonnet à Louis treize. 3) Ode au roi Louis treize.


