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a joint la pratique; à côté du grammairien il y a le poòëte, dont les exemples sont la sane- tion de ses doctrines.
Nous ne voulons pas prétendre que Waenbe ait 6té doué d'un talent poétique supé- rieur. Au contraire: Tant sous le rapport de la richesse d'imagination que sous celui de la profondeur des pensées, plusieurs de ses contemporains sont de beaucoup au- dessus de lui. Plus versificateur que poète, il eut peu d'dées, peu d'inspirations élevées et peu de verve. Ses productions, assez rares d'ailleurs, sont peu volumineuses. Les premières d'entr'elles datent, chez lui, de lTäge múr. On a méme calculé que, pendant les 25 années de sa plus grande fécondité, il n'a composé, en moyenne, que trente-trois vers par an. Aussi les poésies de Mal- herbe sont-elles moins le résultat de T'inspiration que de l'esprit; la forme étant toujours sub- ordonnée à la pensée, elles sentent le poète théoricien. Mais pour la pureté et la dignité de la diction, pour Tarrangement des vers et la limpidité du style, ses poésies, limées avec tant de- soin, servent de modèles, de mise en pratique à ses théories. Aussi ne laissèrent- elles pas d'attirer bientôt lattention et méôme le suffrage des Français de son temps. ¹) Et dans la poésie française, moins originale que celle de plusieurs autres nations, poëésie, où l'esprit, le jugement, T'harmonie du vers occupe le poète plus que Pinspiration et la peinture des idées, la täche du réformateur, portant sur la pureté de la langue et la dignité du style, était de la plus grande importance.»Né avec de l'reille et du godũt, il connut les effets du rhythme, et créa une foule de constructions poëtiques adaptées au génie de la langue.-²)
Son sentiment de la poésie française était bien ce qu'en Allemagne nous appelons: la manière française. Il ne voit dans la poéèsie que la recherche du nécessaire, de l'utile et non le beau en soi; il y voit bien plus Tamusement de l'esprit que l'aspiration vers les sphères idéales.— Son lyrisme est matériel. De là resulte que ses productions ressemblent à de la prose élégante, et que ses vers ne font briller à nos yeux qu'un feu réthorique, où nous voudrions une inspiration vraiment poétique. Mais c'est par là précisément qu'il plut à ses contemporains, pour qui la jouissance, en matière de poésie, consistait dans les accords har- monieux et sonores flattant l'oreille. N'oublions pas, toutefois, que le phébus de Ronsard et de Des Portes, la recherche du Marotisme, avaient fini par faire sentir le besoin d'une poésie plus grande par sa simplicité méôme. Sans goutes Malherbe n'était pas né pour les pensées fortes, mais il fixa la forme.
Si nous nous rappelons que la plupart des oeuvres de Malherbe datent de la première motié du dix-septième sciècle où le roi souverain domine l'opinion publique, oùð la cour devient le centre et la force motrice de toute T'existence intellectuelle du peuple, où la cour domine la ville et où ces deux facteurs disposent, pour ainsi dire des applaudissements universels, nous comprenons, que, pour réussir, les poèëtes eussent, avant tout, à flatter cette cour afin d'en ëtre applaudis.„Ttudiez la cour et connaissez la ville⸗ voilà la loi suprème pour tous les genres littéraires de cette période.— Malherbe devint donc poòte officiel. Il composa des stances, des odes, des chansons, des sonnets, quelques épigrammes et des vers de ballets, presque
2)„Malherbe a toujours passé pour le plus exellent de nos podètes, mais plus par le tour et par l'ex- pression que par l'invention et les pensées.“ Oeuvres de Saint Evremond, tome VI. 2) La Harpe, Lycée, tome V.


