13 Se dresse, et lève en vain une téête rebelle.
Chant V 241, 242. La familiarité du ton justifie très-bien ici Penjambement. Mais, quoi qu'il en soit, la pros- cription de l'enjambement fait quasi règle dès lors, et d'après Malherbe, qui le proclame vicieux, les grands poòètes du siècle de Louis XIV en ont fait rarement usage. II était réservé aux postes du dix-neuvième siècle d'en prendre hautement la défense. L'école romantique sous son chef Victor Hugo, attaquant les formes et l'esprit de la période classique, rejeta également l'incompatibilité de l'enjambement avec la beauté poétique et le fit reparaitre outre mesure. Sainte-Beuve méme, suivant jusqu' à un certain point les opinions du romantisme se prononce ainsi:»J'aime mieux cette cadence souple et brisée des alexandrins que de les voir marcher au pas sur deux rangs, comme des fantassins en parade.« Cependant les efforts pour rétablir l'usage de l'enjambement ne furent guère approuvés et'enjambement ne joue chez les poèëtes de nos jours qu'un rôle d'exception.
Une autre chose, touchant non moins à Pharmonie du vers que'enjambement et à la- quelle Malherbe a imposé sa réforme, c'st l'hiatus ou le bäillement, c'est-à-dire, la rencontre de deux voyelles. En poésie,'e muet est la seule voyelle terminant un mot qui puisse êétre suivie d'une autre ou d'une 4 non aspiré. Aussi est-il défendu, non-seulement dans le genre soutenu, mais encore dans la poésie simple et légère, de mettre dans un vers: tu es, ta urds, il g est, jai été etc. ¹)
Certes, la règle trop absolue de Phiatus devait créer de graves difficultés pour les poètes français et il parait presque impossible d'éviter en poésie des expressions comme celles que nous venons d'indiquer et tant d'autres de ce genre, si abondantes en prose. Mais l'oreille française est si délicate en ce point qu'aujourd'hui elle serait choquée de la violation de cette loi. Du reste T'hiatus était permis dans les anciens podètes, il ne devint beaucoup plus rare qu'au com- mencement du seizième siècle, et Malherbe lui porta les derniers coups.²) Citons-en, comme plus haut, quelques exemples du commentaire sur Des Portes:
Epitaphes. Regrets funèbres sur la mort de Diane, II. p. 469. „»Ne peut laisser son nid, g fait maint et maint tour.-
Remarque de Malherbe: Garde-toi bien de croire que l'on pronoce nid, on ne dit que*ν
et pour ce il y a ici cacophonie: ngx, g.
1) La conjonction et, suivie d'une voyelle, produit également l'hiatus; la raison en est que le t ne se prononce point. 2) La sévérité avec laquelle Malherbe comdamne la succession immédiate de deux voyelles a provoqué contre lui ce trait satirique de la part de Regnier, dans sa neuvième sutire: „Prendre garde qu'un qui ne heurte une diphtongue Epier si la voyelle à l'autre s'unissant, Ne rend point à l'oreille un vers trop languissant.“ Cependaut dans un vers de sa jeunesse, Malherbe avait laissé échapper l'hiatus suivant: „Il demeure en danger que l'âme, qui est nce . Pour ne mourir jamais, meure éternellement.“ Sur que Ménage fait cette remarque:„Cet hiatus est d'autant plus remarquable que Malherbe a tou- jours regardé le concours des voyelles, en vers, comme une très grande négligence.— Quicherat, Traité de Versification française.


