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avait reconnu juste. Et il ne sy méprit point: reconnue d'abord par la cour et la ville, sa ''égislation fut bientt après scellée de l'approbation de toute la nation. Dès que Malherbe eut fait table rase des latinismes, des italianismes et des provincialismes, enfin de tous les éléments étrangers, le goüt et la dignité prirent la place de l'esprit de bas-étage. Le mal- entendu pétrarchisme fut remplacé par la précision et une vraie élégance; la délicatesse de Texpression et'harmonie Pemportèrent sur la négligence de la versification. C'est Malherbe qui a posé les premiers fondements de l'édifice littéraire qu'allaient ériger après lui les grands auteurs du siècle de Louis quatorze, c'est surtout grâce à sa réforme que la France possède Tidiome peut-être le plus précis et le plus élégant de l'Europe.
Pour familiariser le public intelligent avec ses hautes conceptions, le réorganisateur n'a pas publié un ensemble de lois et d'ordonnances, un code grammatical, mais il a consigné ses doctrines en critique sur les oeuvres contemporaines, surtout sur celles de Ronsard et Des Portes. En parcourant leurs poésies, il cite à son forum critique, il est vrai d'un rigorisme quelque- fois outré, chaque ligne, chaque mot, il examine les rimes et les constructions, ainsi que les images et les métaphores employées; toute bévue contre le génie de lidiome est relevée; il fait comme il a prononcé une fois, de leurs fautes un livre plus gros que leurs livres mémes. L'exemplaire de Ronsard, annoté de la main de Malherbe, n'existe plus, mais celui de Des Portes nous est conservé; il fourmille de remarques, il est raturé d'une manidre terrible. Pas- sons en revue les changements principaux effectués par cet examen critique dans le système métrique jusqu' alors en usage.
Pour commencer par la rime, la base presque unique et la condition de la poésie fran- caise, c'est Malherbe et après lui Corneille et J. B. Rousseau qui en firent une loi rigoureuse. Il en défendit Paccouplement des simples et des composées comme jour et séjour, temps et printemps, des dérivés mettre, permettre ou des mots analogues monlagne, campagne. Les rimes faciles, ou celles qui ne le sont que pour l'oreille, telles que connaissance et innocence, eonduérant et apparent sont défectueuses pour lui. Il exige que la rime soit parfaite, non- seulement pour l'oreille, mais aussi pour P'oeil, il le déclare le vrai signe d'un grand poète de chercher des rimes rares et difficiles, qui, à son avis, donnent les vers les plus beaux. ¹)
Commentaire sur Des Portes. 2)
. Diane, livre I, Sonnet XIV, pag. 252.
„Il souffre un mal présent, j'en doute encore un pire. Et plus je vais avant, plus ma douleur s'empire.“ Remarque de Malherbe: pire et empire mal rimé.
1) Cependant en proscrivant la rime du simple avec le composé et en n'admettant que les rimes satis- faisantes pour l'oreille et l'oeil en mêmeée temps, Malherbe dépasse évidemment la mesure raisonnable et son autorité n'a pas fait loi sur ce point. Aussi le grand critique Sainte-Beuve dans son:„Tableau historique et critique de la poésie flangçaise au XVI sidcle, lui fait-il ce reproche: Malherbe ne s'est pas abstenu de l'excès, il a oublié que la rime reldve de F'oreille plutôt que des yeux, et qu'il est mêème piquant quelque fois de rencontrer deux sons parfaitement semblables sous une orthographe différente.“ De méme, Voltaire dans le Dictionaire philosophique le proclame ainsi:„Nous avous été toujours persuadés qu'il fallait rimer pour les oreilles, non pour les yeux.“
2) Oeuvres de Malherbe par L-alanne, tome IV.


