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que Malherbe dinant chez Régnier avait fort malmené P'oncle de celui-ci, le poète Des Portes. ¹) Il lança contre Malherbe et son école une de ses plus éloquentes satires, où, sadres- sant à Rapin, il s'irrite contre:
... Ces réveurs, dont la Muse insolente,
Censurant les plus vieux, arrogamment se vante
De réformer les vers, non les tiens seulement,
Mais veulent déterrer les Grecs du monument,
Les latins, les Hébreux et toute l'antiquaille,
Et leur dire à leur nez qu'ls n'ont rient fait qui vaille.
Ronsard en son métier n'était qu'un apprentif,
Il avait le cerveau fantastique et rétif.
Des Portes n'est pas net, du Ballay trop facile.
Comment! nous faut-il donc, pour faire une oeuvre grande, Qui de la calomnie et du temps se défende,
Qui trouve quelque place entre les bons auteurs,
Parler, comme à St. Jean parlent les chrocheteurs. 2)
Quant à la dernière ligne, c'est une allusion moqueuse à l'avis que Malherbe donnait à ceux qui le consultaient sur la propriété d'un mot ou d'un idiotisme. II est bien clair ce- pendant, qu'en envoyant les sceptiques aux crocheteurs de la place St. Jean, le poète ne voulait pas être pris à la lettre. Cest l'esprit, bien plus que la lettre de l'idiome qu'il em- prunte au peuple de Paris; car la capitale ou plutôt Pancienne province de l'Isle de France, située à peu près au centre du pays était celle qui avait conservé l'idiome le plus pur et où celui-ci avait été le plus inaccessible au pédantisme et à l'imitation étrangère. Malherbe voulait donc chasser par cette boutade les éléments exotiques et ramener la langue dans la voie nationale, pure et claire pour tous. De méme Malherbe, comme ses disciples fut-il attaqué par la vieille Madame de Gournay, femme d'esprit et de littérature, qui se moque fort gaiement des mesquines prescriptions grammaticales ou prosodiques des novateurs, de leurs traductions peu fidèles mais élégantes qu'elle appelle ⸗un bouillon d'eau claire- à cause du style simple et élégant. Mais ces attaques ne trouvéèrent pas d'écho chez le public. Aussi Malherbe, persuadé de la nécessité de sa réforme et de la supériorité de son esprit, les trai- ta-t-il avec une parfaite indifférence.»Ecrive contre moi qui voudra- disait-il à Balzac.»Si les colporteurs du Pont Neuf n'ont rien à vendre que les réponses que je ferai, ils peuvent bien prendre les crochets ou se résoudre à mourir de faim. On pensera peut-étre que je craigne les antagonistes. Non pas. Je me moque d'eux et n'en excepte pas un.« A ceux qui le blämaient de n'avoir pas bien suivi le sens des écrivains qu'il traduisait ou paraphrasait, il répondit,»qu'il mapprétoit pas les viandes pour les cuisiniers,« en indiquant par là quiil ne tenait point à étre loué des gens de lettres. Ainsi Malherbe laissa faire et acheva ce qu'il
1) Avant de se mettre à table Des Portes voulut courtoisement offrir à Malherbe un exemplaire de ses psaumes.„Ne vous dérangez pas“ dit brusquement Malherbe,„je les connais et j'aime mieux votre potage.“ 2) Oeuvres de Régnier, Satire IX à Mr. Rapin. 1 2


