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biffa la moitié, et interrogé par un de ses amis, s'l approuvait le reste, il répondit:»Non plus- et P'effaçait également. 4 L'édifice poétique érigé par la Pléiade et jusqu' alors en vogue, fut tellement maltraité, que, ses pierres étant brisées une à unce, il finit par s'écrouler, il est vrai, pas tout d'un coup, car on comprend que le mépris superbe du réorganisateur pour Ronsard et son école évoqua une lutte acharnée contre lui et sa doctrine. Mais la victoire, quoique disputée un moment par ces partisans du bon goüt, fut bientõôt décidée en faveur de la raison et du sens commun. Avant tout, Malherbe était grammairien; ses efforts, dirigés surtout sur la grammaire et la prosodie, façonnèrent Linstrument et le moule de la poésie; d'autres viendront ensuite qui pourront, grace à lui, en tirer des accords plus hardis et y jeter des pensées plus profondes.- De son dévouement à la bonne langue il nous est resté quelques traits piquants. Un jour il refusa une aumône à un mendiant qui Pavait abordé par:-Mon noble gentilhomme- en répon- dant:»Si je suis gentilhomme, je suis noble.« Près de mourir, il gourmandait encore sa garde- malade qui s'était servie d'un mot impropre. Et comme on lui recommandait de se tenir tranquille:»Laisse, dit-il, je maintiendrai jusqu' au bout la pureté de la langue française.- La foi que le réformateur avait en lui-même, la confiance qu'iil avait dans la justesse et la nécessité de sa réorganisation et Linflexibilité de ses doctrines, qu'il posa comme Topinion d'un maitre entrainèrent non-seulement ses élèves, qui répandaient partout les arrèts de leur chef, mais aussi le grand public, séduit si longtemps mais déjà dégoüté par Tafféterie et les raffinements de Ronsard. Malherbe vint donc fort à propos et sut si bien répondre au désir général d'une réforme qu' au bout de quelques années la plupart des oeuvres de la Pléiade avaient vieilli. Et ce qui augmenta encore l'autorité du réorganisateur, c'est que sil lança sa critique impitoyable contre ses rivaux, il ne fut plus indulgent ni pour ses amis, ni pour lui-méême. Lisant un jour à ses amis des vers imparfaits de sa jeunesse:-Alors, dit-il, je ronsardisais. Et à Racan, qui défendait une de ses productions poétiques, en citant comme modèle des vers de Malherbe, celui-ci répliqua:„Si je fis une sottise, est-il juste que vous en fassiez une autre?« Cette dureté de ses jugements et Thumeur hautaine qu'il por- tait partout et par laquelle il voulait asservir les esprit à ses lois, irritérent naturellement ceux qui avaient usurpé le monopole en littérature. Marin, le poète le plus à la mode, alors se vengea par des épigrammes. Des Portes et Bertaut le poursuivirent de leurs critiques, Balzac, prosateur distingué dans le genre épistolaire, lappelle le vieux pédagogue de la cour. „N'ayons, dit-il, point dessein d'imiter ce que l'on conte de ridicule de ce vieux docteur..... Pai pitié d'un homme qui fait de si grandes affaires entre pas et Point, qui traite l'affaire des participes et des gérondifs comme si était celle de deux peuples voisins un de l'autre et jaloux de leurs frontières. Ce docteur en langue vulgaire avait accoutumé de dire que de- puis tant d'années il travaillait à dégasconner la cour et qu'il n'en pouvait venir à bout.-.. Avec quelle intention voulait-il qu'on Pécoutt quand il dogmatisait de l'usage et de la vertu des particules?«¹) Et Régnier méme, le célèbre poète satirique, qui, par ses oeuvres, contribua tant au triomphe du réformateur, passe néanmoins dans le camp de ses adversaires. II faut bien dire
1) Oeuvres de Balzac, Socrate chrétien, discours X.


