Aufsatz 
De l'influence opérée par Malherbe sur la poésie et sur la langue française / [Neuendorff]
Entstehung
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Nous nons rappelons combien Ronsard avait dénaturé Pidiome français par son manque d'en- tendement à l'enrichir en y versant des locutions grecques et latines, en empruntant des termes à tels patois ou idiomes et en y amalgamant des tours étrangers et des allures inso- lites. Il avait cru pouvoir créer une langue poëtique, noble et harmonieuse seulement en déployant l'appareil extérieur de la poëésie antique. II méconnut que les langues ne s'enrichis- sent que par les pensées; de sorte que ses poésies ressemblent pour la plupart à des fleurs artificielles et poudreuses.

Une telle aberration de goùt, une si grande aliénation de la poésie de sa source natu- relle rendait une réforme de rigueur:-L'ordre des choses qui fait naitre les différents génies conformément aux besoins du temps, a amené Numa après Romulus, Racine après Corneille, et Malherbe après Ronsard. ¹) Ces réformes nécessaires, opérées par Malherbe, furent si- cisives, son influence sur la langue est devenue en effet si prononcée, que les littérateurs de son pays aiment à le comparer à son contemporain Henri quatre. Tous deux ont été de vrais champions; ils ont eu à lutter chacun contre une ligue ennemie, Pun sur le domaine littéraire, l'autre sur le champ politique; tous deux, vainqueurs d'une lutte acharnée, rappelèrent Pordre et la paix: le roi établit et maintint l'indépendance du pays, l'autre celle du langage; le roi a créé Punité de l'Etat, Malherbe fit du Français un idiome classique.

Malherbe commença sa mission par assembler autour de lui un certain nombre de jeunes gens dont il fit ses disciples. II se plaisait à discuter avec eux ses réformes. Les plus connus et les plus chéris de ces élèves furent Maynard et Racan, dont le dernier nous a laissé dans sa»Vie de Malherbe- des traits bien saillants sur Tindividualité et le caractère du maitre. ²2) Dans ces réunions on passait à l'étamine les oeuvres des poètes contemporains tant sous le rapport de la forme que sous celui du fond, comme par exemple Bertaut et Desportes; puis le grammairien en lunettes⸗ examinait avec une sévérité extraordinairée les principes généraux de la diction poétique, le choix, la place et la signification des mots et des tours. Mais ce fut surtout sur les poésies de Ronsard qu'il exerça cette censure inexorable: il les scruta jusque dans les détails les plus minutieux pour prouver par leur défauts la justesse de ses théories. Il commença par se déclarer énergiquement contre Ronsard et son école, qui, non seulement imitait servilement les anciens, mais qui voulait encore reproduire Pantiquité dans le français, qu'il préconisait. Malherbe ne voulut admettre et prendre pour modèles, dans la littérature ancienne, que les tours et les idées qui sont d'accord avec Pesprit de Thumanité ou de la nature. De mème il traita brutalement les allégories, revètues de formes mytholo- giques et employées spécialement par Ronsard. Toutes ces choses ne sont aux yeux de Mal- herbe qu'une érudition recherchée et raffinée qui ne sert qu' à voiler le manque d'esprit de celui qui s'en sert. Quant à la mythologie il se borne à citer les noms connus de la foule, rejetant tout à fait les fictions. Il voulait que la poésie, ainsi que la prose, wexprimât que des réalités. Enfin vint la proscription de cet amalgame des différentes langues, de T'invasion des mots et des tournures, tirés de provincialismes et de termes techniques; il exige que la langue soit limpide et comphérensible à tous. Ainsi parcourant les poésies de Ronsard, il en

1) Guizot, vie des podètes français du siècle de Louis XIV. I. 2) Oeuvres complètes de Racan, édition revue et annotée par M. de Latour.