Aufsatz 
De l'influence opérée par Malherbe sur la poésie et sur la langue française / [Neuendorff]
Entstehung
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En 1600, il célébra Parrivée en France de Marie de Médicis, épouse de Henri quatre, par une ode qui, selon la remarque d'André Chénier, bien qu'un peu froide et vide de choses et surchargée d'un insupportable amas d'une fastidieuse galanterie, toucha les Provençaux par son beau langage, son allure franche et rapide et cette géographie poétique pleine de tableaux. Cependant, la renommée que Malherbe s'était faite au Sud de la France n'avait pas encore pénétré dans la capitale, et ce ne fut qu'en 1605 que le poèëte fut présenté au roi Henri quatre qui jamais ne lui accorda sa faveur, quoique déjà en 1566, à T'occasion de la prise de Marseille, Malherbe lui eüt adressé une ode animée, en l'honneur de ce fait d'armes. L'entre- vue du roi et du poète fut heureuse pour celui-ci. Le monarque T'accueillit avec bonté et lui demanda un poëme sur un voyage qu'il allait faire dans le Limousin. Malherbe s'acquitta de cet ordre par l'ode:»O Dieu, dont les bontés de nos larmes touchées⸗ que le roi trouva si admirable qu'il retint le poète à la cour sous le titre de gentilhomme ordinaire de la chambre avec mille francs d'appointements. La mort du père du poète, en 1606, grossit encore ses revenus, néanmoins il continue à solliciter des pensions, ce qui fit dire à son compatriote M. des Vveteaux, qu'il demandait toujours l'aumône un sonnet à la main. C'est à partir de son appel à la cour que Malherbe commence son double rôle de réformateur et de poète, et bien que peu fécond sous ce dernier rapport, ses meilleurs poésies datent de cette époque. Alors, il avait déjà cinquante ans.

Cependant en Malherbe le poète cède au réformateur; sa vocation critique, son roôle d'organisateur de la langue, voilà la grande affaire de Malherbe. Aussi son individualité et son tour d'esprit semblaient-ils prédestinés à cette oeuvre, qu'il allait accomplir admirable- ment. II avait la fierté et le courage d'un vrai gentilhomme, un caractère hardi et disputeur et une volonté inflexible. II était si jaloux de son autorité sur le domaine de la langue qu'il ne s'humiliait devant aucune autorité. En voici un exemple. Il nommait le pays ddousias les contrées situées au delà de la Loire, Pon se servait de ce mot pour dire adieu; et celui d'en deçà, il le nommait par la méme raison le pays de Dieu vous onduise, Or, entre gens des deux pays s'émut le débat de savoir s'il fallait dire une cuiller, comme les uns, ou une cuillére, comme les autres. Le mot est féminin, disaient ceux-ci; donc il lui faut une terminaison féminine. Mais, répliquaient les autres, perdriæ est aussi feminin, et sa terminai- son est néanmoins masculine. Henri quatre et le duc de Bellegarde, tous deux du pays d'Adousias et tenant pour euillere, s'en vinrent trouver Malherbe. Malherbe commença comme d'habitude par les envoyer au-Port-au-Foin. Mais comme Henri ne paraissait pas se rendre de bonne gräce: ⸗Sire, ajoute Malherbe, vous éêtes le roi le plus absolu qui ait jamais gouverné la France et avec tout cela vous ne sauriez faire dire en decà la Loire une auillere, à moins que de faire défense, à peine de cent livres d'amende, de la nommer autrement. ¹) A ces qualités de caractère il joignait toutes les facultés intellectuelles pour venir à bout de cette noble täche: une connaisance profonde de la littérature ancienne et moderne, une pré- dilection particulière et un haut sentiment de la vraie nature de la langue française, dont la régénération et le culte étaient sa religion. Et s'il mit la main à cette oeuvre surtout dans le sens négatif, c'est que son époque non moins que son génie, lui en faisait une nécessité.

1) Poésies de François Malherbe, avec un commentaire inédit par André Chénier.