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ce genre où Ronsard préférait suivre la pente naturelle de son talent plutòt que ses théories hasardeuses, il nous a laissé des vers qui méritent de ne pas périr. Mais en général c'est par Fantagonisme de Pesprit antique et italien que le réformateur se fourvoya, Sa manière de voir, de sentir, son sens était trop français pour réussir à s'orienter tout à fait dans celle de ses modoèles; il les traduisait en les françisant, il était inépuisable à produire des types poé- tiques d'après Pantique, mais ces tours sont le plus souvent affectés et sans verve. Cependant malgré ses erreurs graves on ne peut se refuser à reconnaitre chez Ronsard le mérite d'avoir senti que la France avait besoin d'une poésie noble et d'avoir frayé la route qui devait y con- duire. Mais qu'il ait mis toute la poésie dans l'érudition, qu'il n'ait su créer une langue en rapport avec les moeurs et le goũt de sa nation, c'est là ce qu'on lui reproche à bon droit. Il fallait donc un réformateur qui affranchit l'esprit français de l'imitation servile des
anciens et des Italiens, il s'agissait d'épurer l'idiome français du fatras érudit qui l'avait si étrangement défiguré, de rendre la poésie populaire et d'instituer une langue générale, également claire et intelligible aux classes élevées comme à la foule. Mettre la dernière main à l'oeuvre de cette révolution littéraire, inaugurer une réforme durable, telle devait être le gloire de Malherbe.
»Enfin Malherbe vint et le premier en France
Fit sentir dans les vers une juste cadence,
D'un mot mis à sa place enseigna le pouvoir
Et réduisit la muse aux règles du devoir.
Par ce sage écrivain la langue réparée
N'offrit plus rien de rude à l'oreille épurée,
Les stances avec gràce apprirent à tomber,
Et le vers sur le vers n'osait plus enjamber.
Tout reconnut ces lois, et ce guide fidèle
Aux auteurs de ce temps sert encore de modèle.- ¹)
Ce jugement de Boileau caractérise d'une manière frappante le röõle littéraire de cet
homme et les services qu'il a rendus à sa nation.
François de Malherbe, fils d'une famille noble, naquit en 1555 à Caen en Normandie, où son père occupait alors l'office d'assesseur. Malherbe fit ses premières études à P'université de Caen et à Paris; puis son père l'envoya à Heidelberg et à Bäle, ou il suivit pendant deux ans les cours des professeurs les plus célèbres. De retour à Caen, il fit pour quelques temps des cours aux écoles publiques. Vers 1576, il quitta brusquement la Normandie, irrité, sil faut en croire Racan, de l'hérésie de son père, qui s'était fait huguenot. ²) Il alla en Provence, remplissant l'emploi de secrétaire auprès du grand prieur Henri, Duc d'Augouléème. C'est de là que datent ses premiers vers, au temps que la Pléiade était dans toute sa splendeur; donc rien d'étonnant que le jeune honnmne se laissàt entrainer en sonnant dans le ton de ses con- temporains, qu'il ⸗ronsardisät« comme il s'en est accusé depuis. Il commença par imiter ce qu'il devait réformer plus tard. Après la mort de son protecteur, en 1586, il se méla pour quelque temps aux guerres civiles et servit avec bravoure dans la Ligue contre Henri quatre. 1) Boileau, l'Art poétique I, v. 131— 142.
2) Racan, Vie de Malherbe.
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