Aufsatz 
De l'influence opérée par Malherbe sur la poésie et sur la langue française / [Neuendorff]
Entstehung
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lités nécessaires pour régénérer le poésie. Doué d'une connaissance profonde des Grecs et des Romains il joignait à celà une noble ambition pour T'idiome français et un grand talent poétique. Mais méconnaissant l'esprit de la langue et opérant sans mesure dans sa réförme, il commit souvent les malentendus et les erreurs les plus graves. Ronsard jugea bien que la poésie française, pour être ennoblie, avait besoin, pour ainsi dire, d'une nouvelle langue. Mais il oublia qu'une langue aussi développée, représentée par une littérature si fortement déter- minée que le français au 15. siècle, ne saurait être transformée dans son essence méme. En vain donc le novateur et ses amis mirent-ils hardiment à contribution le latin et le grec, en vain prescrivirent-ils T'emploi de mots composés à la manière de la langue grecque, en vain fit-on de: verre verrer, verrement, de pays payser, Bacchus faut décoré du nom de Cuisse-, nourril-vigne etc. Puis Ronsard créa de nouveaux termes en francisant des expressions italiennes ou antiques, en y accolant seulement une terminaison française. Et quand il poussa son ardeur d'ennoblir et d'enrichir la langue poétique si loin que de faire des emprunts à tous les patois, appelés par lui des dialectes, et aux termes tech- niques de tous les metiers, on comprend quel étrange confusion devait résulter d'un mélange si hétérogène: la langue naive, gracieuse et flexible fut transformée par ce néologisme en un idiome grotesque et ampoulé. Pour consolider cette révolution grammaticale, Ronsard intro- duisit en France tous les genres de la poésie antique, en premier rang l'ode et l'épopée, et c'est surtout dans ses compositions gracieuses et légères qu'il nous a laissé des vers d'une grand beauté. Aussi fut-il applaudi par tout le monde, môme par les savants les plus célè- bres de son temps; car le principe la renaissance des idées antiques était juste et ce qu'il y eut de faux, d'outré dans la mise en pratique de ce principe ne frappa les yeux que plus tard. Ronsard croyait imiter les anciens en copiant le corps sans y souffler ensuite Tame vivante; au lieu de pénétrer dans l'esprit de ses modèles, au lieu de se laisser inspirer par les idées et les images pour produire des oeuvres originales en harmonie avec son époque et sa nation, il n'en calqua que le style et les tournures; il éblouit ses contemporains en sur- chargeant, d'après les théories hasardeuses de son système, ses poésies de termes mythologiques et historiques, d'expressions maniérées et de métaphores abstruses et guindées. Enfin, met- tant à la place de la beauté poëtique lélégance rhétorique de la diction, il créa une poésie pleine d'enflure et de redondance et sans harmonie intérieure.

Boileau, le législateur du Parnasse français, a jugé Ronsard:

»Ronsard..... par une autre méthode

Réglant tout, brouillant tout, fit un art à sa mode. Et toutefois longtemps eut un heureux destin.

Mais sa muse, en français parla grec et latin. ¹)

Cependant une partie de ses oeuvres lui survivent, ce sont les compositions légères et gracieuses, ses sonnets, ses madrigaux et ses chansons érotiques, inspirés des Italiens qui, gràce à T'influence religieuse de Rome, aux guerres d'ltalie de Charles huit, de Louis douze et de François premier, et gràce aux mariages des rois français avec les filles des Médicis, exer- çaient alors sur la France une domination non moins grande que celle de T'antiquité. Dans

1) Boileau, l'Art poétique I v. 123 126. 1*