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Chacun faisant le réservé, Et de son plaisir son idole, Régnier, tu t'es bien conservé
La liberté de la parole.
Ta libre et véritable voix
Montre si bien l'erreur des hommes, Le vice du temps où nous sommes, Et le mespris qu'on fait des lois, Que ceux qu'il te plaict de toucher Des poignans traicts de la Satire, Si m'avoient honte de pécher,
En auraient de te l'ouyr dire.
Si Pun d'eux*) te voulait blasmer, Par coustume, ou par ignorance, Ce ne serait qu'en espérance
De sien faire plus estimer.
Mais alors, d'un vers menassant, Tu lui ferois voir que ta plume Et celle d'un Aigle puissant,
Qui celles des autres consume.**)
Venons à la fin de notre täche. Si, après avoir parcouru la vie et les satires de „ ap P 0 Mathurin Régnier, nous nous résumons, nous ne saurions nier qu'il ne soit satirique dans toute la rigueur de l'expression. Peu satisfait des travaux de ses prédécesseurs dans la Satire 8 P P française, il suit le chemin qu'iil s'est tracé lui-mèême; limitation des satiriques anciens lui fait atteindre le but où ses devanciers avaient aspiré en vain. Avec Régnier la sentence hautaine de Quintilien„que la Satire était une propriété toute romaine“— satira tota „ Prop
nostra est— est réfutée: l'arbre antique est transplanté sur le sol moderne. Cependant, en prenant exemple sur les anciens, Régnier reste tout Français avec toute la vivacité propre à cette nation. Régnier représente la vieille causticité française avee sa verve éner- gique, ses saillies et sa licence. Tantôt nous admirons en lui le souffle puissant, le vi- goureux essor, tantôt le doux abandon et la naiyeté du style particulière aux romans an- ciens. La fécondité de ses inventions est souvent étonnante. Ila l'imagination vive, fleurie
et brillante. En comparaison d'autres Poötes, Régnier excelle par un jugement justenet
*) Des mauvais poötes. 3 1 **) Pline; Hist. Nat. X. c. 13: Aquilarum pennae mixtas reliquarum alitum pennas, devorant.


