Du reste Le vol de mon dessein ne s'estend point si haut: De peu je suis content.——————— ⁴) Loin de l'ambition, la raison me commande, Et ne prétends avoir autre chose, sinon Qu'un simple bénéfice, et quelque peu de nom. Afin de pouvoir vivre avec quelque asseurance.**)
On ne conservera plus de doute, après cela, sur les causes qui empéchaient que Régnier ne jouft des faveurs dont on a comblé tant d'autres poëtes de son temps. Régnier veut rester lui-mème. II ne peut se résoudre à employer les moyens dont beaucoup de poëtes se servaient pour s'acquérir du renom et pour gagner de la fortune. Mais quoi- qu'il établisse moins sa fortune que ces poëtes qui, en déguisant leur caractère, et en flattant les grands, obtenaient tout ce qu'ils désiraient, il n'est pas pour cela malheureux. Las de voir tourner contre lui la fortune, il ne s'en soucie plus
Sçachant bien que fortune est ainsi qu'une louve, Qui sans choix s'abandonne au plus laid qu'elle trouve.***)
„L'infidélité de la fortune ne donne et n'oste rien à la föélicité,“*Er) c'est pourquoi il demeure content du sort qu'il s'est eréèé lui-môme.*⁵)
Bien que quelques-uns de ses contemporains lui aient fait des reproches amers, à légard de sa résolution de conserver sa liberté, de l'autre côté, cette résolution lui gagna des admirateurs sincères. Dans une édition des oeuvres de Régnier,*) nous trouvons quel- ques vers de Motin,**) dans lesquels l'auteur, après avoir dit que presque tous les hommes sont esclaves de leurs passions, surtout de l'ambition, prend occasion de louer la liberté avec laquelle Régnier écrivait contre les vices de son temps et contre les mauvais poëtes. Nous ne pouvons nous empécher de citer ces vers de Motin. Les voici:
Mais en ce temps de fiction,
Et que ses humeurs on desguise; Temps ouù la servile feintise
Se fait nommer discrétion:
*) Sat. III. vv. 160, 161.
**) Ibid. vv. 182—185.
***½) Sat. II. Vv. 83, 84.
****) Ibid. vv. 93, 94.
*⁵) Une chose l'inquiète: la peur que„son habit, partout cicatrisé, ne le rende du peuple et des grands mesprisé“(II. 49, 50.) Régnier sait se moquer des humeurs de la fortune, mais il ne sait „patir de se voir rejetté.“ Or, personne ne le môprisait, pas même les mauvais poötes qu'il avait si sou- vent tournés en ridicule, et dont la haine lui donnait peu de chagrin.
*6) Edit. de Londres, 1733.
*¹) CG'est le même poëte, à qui Mathurin a adressé sa quatrième satire. Motin mourut en 1615.


