Aufsatz 
Vie et Satires de Mathurin Régnier
Entstehung
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de grands efforts pour rendre les opinions religieuses de Mathurin suspectes, et qu'il croyait nécessaire de dissiper ces suspicions d'une manière aussi claire que décidée.

Il est étonnant que, malgré tous les avantages qui élèvent notre poëte beaucoup au-dessus de ses devanciers dans la Satire frangaise et lui garantissent pour tous le temps une place honorable sur le Parnasse frangais, sa muse füt si peu favorisée par la fortune. Déjà dans sa jeunesse, nous le voyons essuyer les grandes adversités qui suivent toujours Tindigence. A plusieurs reprises, il se met en service auprès de grands personnages, es- pérant qu'ils sintéresseraient à sa fortune; mais son séjour dans la maison de M. de- thune lui rapporta aussi peu que, quelques ans avant, son attachement au cardinal de Joyeuse avec qui il avait passé huit années à Rome, sans que celui-ci se füt jamais montré disposé à employer son influence pour lui procurer un bénêfice suffisant pour mettre le jeune poëte en état de se donner sans inquiétude à la muse qui l'inspirait.

Avec cette amère expérience de la vie, il retourne à Paris. Mais quoiqu'on y exalte ses mérites de la poésie frangçaise, qu'on le nomme le bon Régnier et le restaurateur de la Satire en France, on ne sintéresse point à exempter Mathurin des soucis les plus ac- cablants qui le tourmentent. Tandis que la Satire de Mellin de Saint-Gelais,*) pien infé- rieure à celle de Régnier, attirait sur lui les faveurs de l'Eglise et de la cour, et que les bénéfices lui venaient d'eux-méêmes sans labeur et sans tourment, Régnier restait toujours pauvre. Mais pourquoi paye-t-on de cet oubli décourageant un poëte dont tout le monde louait le style ravissant, les traits piquants et les graces moqueuses? Est-ce qu'il manque de puissants amis dont la protection puisse lui procurer ce qui formait toujours le comble de ses voeux? Point du tout. Notre poëte vivait dans une grande intimité avec les éeri- vains les plus distingués de son temps, et même avec de grands dignitaires de la cour. Mais c'est peut-étre la vie licencieuse de Mathurin qui fut cause d'un pareil oubli? Or, nous avons déjà montré ci-dessus) que Régnier n'est pas le seul écrivain qui ait mené une vie de désordre, et que la licence des moeurs était dans les babitudes non seulement de la plupart des poëtes, mais meme de beaucoup de dignitaires ecclésiastiques de son temps. Après cela, il faut bien chercher ailleurs la cause de cet abandon. En vérité, il ne nous est pas difficile de la découvrir chez un poëöte qui, avec une naiveté aimable, nous révèle sa vie, son caractère, ses habitudes et seszalarmes. En parcourant les seize sa- tires de Régnier, nous rencontrons de nombreux passages ouù il se plaint de la distribu- tion inégale des biens.Ceux cependant, ajoute-t-il,qui savent bien flatter les grands

tiennent à leur gré la fortune en la manche; En crédit eslevez, ils disposent de tout, Et n'entreprennent rien qu'ils m'en viennent à bout.**s)

*) 1491 1558, admirateur de Marot.

**) pag. 15.. **ε*) Sat. III. vv. 62 64.