Aufsatz 
Vie et Satires de Mathurin Régnier
Entstehung
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Au jong nous sommes nez, et n'a jamais estè Homme qu'on ait veu vivre en pleine liberté.*)

Nous avons déjà trouvé occasion**) de dire que Mathurin ne se mit pas d'un parti prononcé dans les grandes luttes causées par la Réforme. Nous y avons dit que les idées nouvelles qui agitaient la plupart de ses contemporains ne l'inquiétaient point, et que les questions théologiques le laissaient assez indifférent. Après avoir examiné le caractère de Régnier, cela ne nous parait point surprenant. Le caractère enjoué et souvent gaillard de ce poëte n'était point disposé à ces disputes sérieuses et souvent désagréables. Douô de la nonchalance d'un ancien trouvère et de la plus insouciante humeur, il trouve bon de se tenir loin de tout ce qui pourrait troubler la gaieté de son esprit. Pourquoi se mélerait-il de ces troubles qui ne lui auraient causé que beaucoup de désagrément? Pourquoi risquerait-il de perdre cette indépendance que, malgré les reproches de ses amis qui la trouvaient mal à propos, il tächait soignensement de conserver? Nous ne pouvons nous empécher d'apprécier les raisons qui, tandis qu'un souffle d'opposition re- muait tout autour de lui, déterminaient le poëte à rester étranger à ce mouvement. Mais quoique Mathurin ne se melât pas des luttes religieuses, qu'il füt toujours bonhomme, doux et tolérant méême pour ses ennemis, on se tromperait beaucoup, si l'on croyait qu'il eùt approuvé les nouvelles idées religieuses. Aux yeux de Régnier, la Réforme n'est qu'un acte de rébellion contre PEglise et contre l'Etat. Comme il avait defendu autrefois Pautorité légitime des rois, il élève maintenant sa voix contre les novateurs religieux:

Devons-nous aujourd'huy pour une erreur nouvelle

Que ces clercs dévoyez(d'un esprit dérangé) forment en leur cervelle, Laisser légèrement la vieille opinion,

Et, suivant leur avis, croire à leur passion?

Pour moi, les huguenots pourraient faire miracles,

Ressusciter les morts, rendre de vrais oracles,

Que je ne pourrois pas croire à leur vérité.

En toute opinion je fuis la nouveauté.***)

Ces vers nous font clairement voir quelles étaient les idées de Régnier sur les doctrines nouvelles qui étaient alors fort répandues en Francc et avaient même beau- coup de sectateurs à la cour. IIs nous prouvent que, malgré ses égarements, ses senti- ments religieux n'étaient pas devenus chancelants. Il y a cependant dans ces paroles une chose qui nous frappe, c'est'acreté avec laquelle il dirige ses attaques contre les nova- teurs. Mais nous croyons ne pas nous tromper si nous supposons que cette aigreur trouve un puissant motif dans les accusations de quelques-uns de ses adyversaires qui faisaient

*) Sat. III. vv. 43, 44. **½ν) Cf. p. 8. ***) Sat. IX. vv. 237 244.