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Ne portons donc pas, après cela, un jugement trop sévère sur les vers moins décents que nous rencontrons dans les satires de Régnier. Feoutons plutôt ce qu'il dit lui-même de ces passages qui ont fait tant de bruit parmi les critiques rigoureux de ses poésies.„Je sais bien“, dit Régnier,„que—
Du plus haut au plus bas mon vers se précipite,*) cependant
— comme la jeunesse est vive et sans repos, Sans peur, sans fiction, et libre en ses propos, , Il semble qu'on luy doit permettre davantage.“**) Ecoutons aussi ce qu'il ajoute: La satire———— — w'est belle sinon en sa bizarrerie; Et comme un pot-pourry des Frères mendians Elle forme son goust de cent ingrédians.***)
Or, de tous les temps on permettait à un satirique de plus grandes libertés qu'à un autre poëte. Les satires de Juvénal contiennent quantité de vers qui, tout pleins d'affreuses vérités, font rougir la vertu. Les satires frangaises avant Régnier, et parti- culieèrement les uvres de Rabelais contiennent de nombreux passages qui passent les bornes de la décence. Et quant au temps de Régnier, Viollet le Duc prétend que,„du temps de notre poëte, le nom de Satire indiquait un ouvrage obsebne.“ Si cela est vrai, les satires de Régnier paraissent dans un jour beaucoup plus favorable. Régnier est le fidèle fils de son temps. Telles qu'elles sont, ses satires devaient plaire à son sibcle; car elles en sont le plus fidèle miroir, le résumé le plus complet. Il avait à coup sùr un grand attrait pour ses contemporains.
Il convient d'indiquer en peu de mots quelles étaient les idées politiques de Ma- thurin. Ennemi des doctrines démocratiques de la Ligue, il se tient attaché au trone de son monarque. II est convaincu que les rois
Sont transmis du ciel pour gouverner la terre,***) et se moque des idées de liberté et d'ndépendance qui se trouvent dans les tétes de beaucoup de gens de son temps. Suivant lexemple du chantre de la Franciade, il hait tout soulèvement contre Tautorité légitime d'autant plus qu'il n'y a pas de liberté com- plète ici-bas:
Rien mest libre en ce monde; et chaque homme dépend,
Comtes, princes, sultans, de quelque autre plus grand. Tous les hommes vivans sont icy-bas esclaves. Fra*)
*) Discours au Roy. v. 120. **½) Ibid. vv. 109—111. **½ε*½) Ibid. vv. 124— 126. ****) Ihid. v. 8.
*****) Sat. III. vv. 35— 37.


