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sement il croit ne pas devoir laisser le lecteur incertain des affections déréglées de son coeur, mais il est bien loin de senorgueillir et de se vanter des débordements de ses moeurs ou d'induire le lecteur à les prendre pour modèle.*) A plusieurs reprises, il pro- nonce franchement: Je sais bien que je suis plein de défauts, je voudrais bien m'en cor- riger, mais quoique mon Aâme soit souvent en lutte avec le corps, je ne puis le dompter. On pourrait dire que son épitaphe,**) qu'il a composée lui-même, n'est pas très-édifiante, mais il faut la prendre pour un épanchement d'une humeur mal surveillée et passagère. Tout libertin qu'il est, Régnier n'est pas l'homme qui a le coeur endurci. Ses pensées sont, au contraire, souvent bien sérieuses, son àme est remplie d'une mélancolie édifiante, et maints passages de ses satires et particulibrement de ses poésies spirituelles font paraitre des marques infaillibles de son repentir et des sentiments vraiment dignes d'un chrétien. Quiil nous soit permis de citer ici un seul passage de ses poésies spirituelles; il ne tardera pas à parler en faveur de notre poëte:
0 Dieu, si mes péchez irritent ta fureur,
Contrit, morne, et dolent j'espère en ta clémence. Si mon deuil ne suffit à purger mon offense, Que ta grace y supplée, et serve à mon erreur.
Mes eprits éperdus frissonnent de terreur; Et ne voyant salut que par la pénitence, Mon cœur, comme mes yeux, s'ouvre à la repentance; Et me hay tellement, que je m'en fais horreur. etc.***)
Ces paroles qui partent du cœur du poëte prouvent suffisamment que Régnier n'est pas dépourvu de sentiments vraiment religieux, mais que c'est seulement la faiblesse humaine qui, en dépit de ses résistances, le fait si souvent retomber dans ses habitudes vicieuses. En cela il se distingue avantageusement de son prédécesseur Rabelais, dans les œuvres duquel les sarcasmes contre la religion même sont à peine déguisés, et qui méme au lit de mort répondit au page que le cardinal Du Bellay avait envoyé savoir de ses nouvelles:„Dis à monseigneur que je m'en vais chercher un grand peut-être. Tire le rideau, la farce est jouée.“****)
*) Voyons encore les observations de Mr. Gerusez. Hist, de la littérat. frangç. tome I. p. 478, **) Pay vescu sans nul pensement, Me laissant aller doucement A la bonne loy naturelle; Et si je m'estonne fort pourquoy La Mort osa songer à moy Qui ne songeay jamais en elle. ***) Poitevin: Oeuvres de Régnier p. 314. ****) Notice sur Rabelais, précédant les Oeuvres de Rabelais; Paris, Ledentu 1835.


