Aufsatz 
Vie et Satires de Mathurin Régnier
Entstehung
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manière qui laisse bien en arrière celle de ses modèles. Ajoutez à cela que les coloris frais et vigoureux de ses tableaux nous font des charmes inexprimables. Les beautés de style naives, soudaines, originales étincellent dans toutes ses satires. Quant à sa négli- gence, dont on lui a souvent fait reproche, nous ne pouvons nous empécher de citer les paroles de M. Gerusez:*)Ce qu'on appelle sa négligence est dans la démarche capri- cieuse, irrégulière, de sa pensée, et non dans les mots, qui sont curieusement choisis ou péniblement cherchés, et dans les images qui veulent être frappantes. Régnier se laisse conduire par ses pensées, dont il ne prétend pas régler la marche; il les suit docilement elles le mènent; mais, pour les exprimer, il furète, comme a dit Montaigne en parlant d'Horace, tout le magasin des mots et des figures. Cest ce qu'il appelle prendre des vers à la pipée; il a de ce côté toute J'ardeur, toute l'inquiétude, toute la vigilance d'un chas- seur: ainsi la pensée l'emporte à la recherche des mots, elle ne les lui amène pas, et il ne saisit pas toujours au passage les plus convenables. De ce mélange d'abandon et de contrainte, de ces éclairs et ces nuages. Régnier a des traits qui ravissent à côté de passages obscurs et languissants; il a de longues périodes embarrassées, et des vers qui se détachent avec une netteté surprenante; sa verve est riche, et n'est point fluide. Toujours peintre, ses chaudes couleurs manquent souvent de délicatesse, son dessin vigoureux est quelquefois grossier; toujours figuré, il a le tort d'accueillir des métaphores outrées. Enfin il est inégal, et toutefois admirable: à tout prendre, c'est un vrai poöte. Ajoutons à ces observations que les caractères qui se trouvent dans les satires du poëte sont exprimés avec vérité et que les portraits sont achevés sans que les personnes y soient nommées ou désignées. Régnier ne blesse personne. En lisant ses satires, on reconnatt facilement ses voisins, ses amis et ses ennemis, mais on n'est pas forcé de se reconnaitre soi-mème. Régnier se moque des petitesses et des vices de tout le monde, excepté ceux du lecteur. C'est par ces avantages qulil se distingue d'une manière favorable de ses précurseurs dans la Satire, principalement de Rabelais qu'on avait regardé jusqu'à ce temps comme le plus grand satirique français. Tandis que celui-ci aime à citer des per- sonnalités connues de tout le monde, et en les attaquant décharge sur elles son fiel le plus Acre et le plus amer et emploie souvent l'hyperbole qu'il pousse à l'excès, Régnier montre presque toujours*) une humeur inoffensive, un naturel doux et gai qui lui gagna encore de son vivant le surnom de bon:

*) Gerusez: Histoire de la littérature française, douzième édition; Paris, 1877; t. I. p. 479.

**) Il faut excepter les attaques dirigées contre Malherbe qui avait ofensé d'une Manſor grossière le poëte Desportes, oncle de Régnier. Un jour Desportes avait invité à diner quelques amis, parmi lesquels se trouvaient Malherbe et Régnier. L'amphitryon, qui venait de publier la première édition de ses Psaumes, se leva après le potage, disant qu'il allait quérir Lexomplairz dont il voulait faire hom- mage à Malherbe.Ne vous dérangez pas, lui dit grossièrement celui-ci,, j'ai lu vos vers, je les con- nais, et je trouve votre potage infiniment meilleur. Cependant Régnier se sentait toujours de respect pour Malherbe. Cf. Poitevin: Oeuvres complètes de Régnier; p. XXII.