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Après ces courts traits, il le laisse bavarder, et le portrait est fait.
Lorsqu'on voit un homme Dont le rabat est sale et la chausse rompue, Les grègues aux genoux, au coude son pourpoint, Qui soit de pauvre mine, et qui soit mal en point, Sans demander son nom, on le peut recognoistre: Car si ce n'est un poöëte, au moins il le veut estre.*)
Parfois nous rencontrons des peintures plus luxuriantes comme celle du pédant dans la dixième satire.**) De la façon du monde la plus bizarre, il se laisse aller à son humeur enjouée en nous décrivant les différentes parties de la figure et du vêtement de cet hableur vaniteux. Qu'y a-t-il de plus ridicule que cet individu„à la trogne rougissante et au nez haut relevé et orné de maints rubis balez“,***) cet homme dont la robe rapié- ceté de mille morceaux bariolés ressemble à une immense carte géographique, ce person- nage qui
Marchant pedetentim s'en vint jusques à moy?****)
Dans sa description du pédant, le poëte va encore plus loin, mais quoique le comique y soit un peu trop trivial, il y développe tant de verve et de gaieté que nous ne pouvons nous empécher de nous laisser aller au rire.
La peinture du pédant est cependant surpassée par celle de la dévote hypocrite de la treizième satire. Régnier trouva ce personnage déjà dans Ovide*****), il le retrouva dans le Roman de la Rose******); le Tartuffe de Molière n'est qu'une copie de la Macette de Régnier. Mais nous n'heésiterions pas de donner au tableau admirable que notre poëte fait de Macette la préférence de tous les autres. L'admirable finesse avee laquelle il trace le portrait de cette vieille hypocrite—„le diable femelle trafiquant du salut des àmes sous la robe austère d'une dévote“, voy. Lenient: La Satire en France au seizème siècle; tome I. p. 144,— qui, sous l'apparence de piété, cache la sensualité la plus honteuse et qui, sous des paroles édifiantes, développe les maximes pernicieuses qui ont toujours formé la base de sa vie, n'est atteinte par nul autre poëte, pas mêôme par Molière dans son Tartuffe.— Voyons comment le poëte nous donne le signalement de Macette:„Vètue d'un long habit de cendre“, elle marche„à pas lents et posez.“„Ses yeux composez“ qui tout pénitents„ne pleurent qu'eau béniste“, son teint mortifié et sa parole modeste „ne preschent que la continence.“
*) Sat. II. vv. 44— 48.
**) Dans la description du pédant, Régnier a fait entrer presque toute la pièce du Caporali, poöte italien, intitulée„Del Pedante.“ voy. Poitevin: Oeuvres complètes de Régnier, p. 123, etc.
***α) rubis balais= rubis de couleur de vin paillet.
***α☛) Sat. X. v. 217.
***ι) Ovid. Am. lib. I., eleg. 8.
*ꝓ*****) Fabliau de la„Male femme qui conchia la prude dame“.


