Aufsatz 
Vie et Satires de Mathurin Régnier
Entstehung
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par tant d'écrivains effrénés doit absolument manquer le but que lui-même avait tou- jours en vue. Il prend même la défense de Ronsard contre Malherbe,*) ce poëte célèbre qui a bien mérité de l'épurement de la langue et de la culture du classicisme francais. Pour le reste, Régnier est le rejeton de Villon et de Rabelais. Ennemi de la froide al- légorie, il ne cherche que la vérité des sentiments, il se laisse aller dans cette moquerie française, légère et effrontée qui ne manque jamais de charme; héritier de la verve facile de Rabelais, il laisse courir sa plume capricieusement, au hasard, en causant et en buvant avec ses amis.

En lisant les satires de Régnier, nous admirons le poëte et T'artiste. II puise par- fois dans les poésies de ses prédécesseurs, mais, il faut l'avouer, tout sujet rajeunit entre ses mains et devient une image des caractères de son temps. Quelque tableau qu'il em- prunte à d'autres poëtes, nous sommes surs de ne pas y trouver des personnages apparte- nant à une époque reculée, au contraire, tous ses caractères vivent, ils agissent, nous les entendons parler, nous les rencontrons dans les salles du Louvre et dans les rues de Paris. En lisant quelque endroit copié ou parodié des poëtes latins, on oublie totalement 'ancien poëte que la mêôme matière avait enthousiasmé, on m'y voit que les contemporains, et non seulement les contemporains de Régnier, mais les siens propres. C'est dans cet heureux talent que se révèle la véritable grandeur du poëte. La coutume d'emprunter un sujet n'était pas nouvelle: il y a beaucoup de poëtes avant Régnier et après lui qui ne pouvaient résister aux charmes que des peintures vigoureuses trouvées dans d'autres écrivains avaient pour eux, mais pendant que la plupart ne réussissaient pas à en faire un tableau nouveau, vivant et conforme à l'esprit du siècle, un tableau qui nous fait oublier la source ils ont puisé, Régnier nous offre des portraits tout nouveaux dont la beauté souvent incomparable consiste dans un mélange heureux des souvenirs de sa lecture avec ses propres observations. II se plait quelquefois à y combiner deux légendes différentes; gräce à son génie créateur, il en fait nattre une troisième qui éclipse totalement les deux autres. Aussi puissant coloriste que Rabelais, il excelle par plus de netteté et de précision des contours et nous livre des portraits de personnages que nous n'oublions jamais. Quel- ques coups de pinceau jetés légèrement nous donnent une peinture digne du plus grand poëte de tous les temps. En peu de mots il nous présente PImportun:

un jeune frisé, relevé de moustache, De galoche, de botte, et d'un ample pennache,**) Il me prit par la main, après mainte grimace, Changeant sur l'un des pieds, à toute heure de place Et dansant tout ainsi qu'un barbe encastelé.*)

*) 1555 1628.

**ν) Sat. VIII. vv. 9, 10. ***) Ibid. vv. 25 27.