Aufsatz 
Vie et Satires de Mathurin Régnier
Entstehung
Einzelbild herunterladen

10

nombre des auteurs dont il a lu les ouvrages, mais, en lisant Gargantua et les faits de Pantagruel, nous ne pouvons nous empècher de désapprouver la grande vanité avec laquelle l'auteur déploie tout son savoir, tandis que la lecture des satires de Régnier nous fournit la conviction qu'il ne veut point briller, qu'il cache même quelquefois son savoir pour éviter un reproche qu'un écrivain versé en littérature ne s'attire que trop facilement.

Quant aux grands poëtes satiriques de l'antiquité qui convenaient à sa nature, il avoue franchement que Juvénal lui plait beaucoup. Semblable cependant à son prédéces- seur Vauquelin de la Fresnaye,*) un des génies les plus vigoureux de la Pléiade, que ce poëte latin avait déjà enthousiasmé sans qu'il eüt pu se résoudre à en imiter les bruyantes ardeurs, Régnier croit Juvénal trop austère, car ce Romain agite inexorablement le fouet de la satire sur les moeurs de la société. Cette animosité n'est pas du goùt de notre poëte qui, comme Horace, se laissant entrainer souvent par son caractère gai, déclare ouvertement

qu'il vaut mieux sucrer la moutarde.

Pour ce qui concerne la remarque de Régnierqu'Horace est trop discret pour un homme picqué,**) il ne faut pas prendre ces paroles comme s'il m'avait absolument pas voulu le suivre: nous rencontrons au contraire presque partout dans ses vers l'indulgente philosophie sans roideur et sans emphase de ce bon écrivain latin.

Parmi les autres poëtes qu'il croit dignes de l'imitation, c'est surtout Ovide qui lui livre quantité de traits dont il sait faire usage avec un art si consommé que la ma- nière dont il traite un sujet emprunté fait souvent ombre à celle de son modèle aussi bien par la richesse de ses idées pleines d'esprit que par la beauté de ses vers. Les poötes italiens de la Renaissance ne lui sont point inconnus; son long séjour en Italie lui avait fourni une occasion favorable de connattre les chefs-d'oeuvre des anciens ainsi que ceux de leurs épigones, quand mèême les poëésies de son oncle Desportes qui était un adorateur passionné des poëtes de P'Italie moderne n'aurai ent pas porté son attention sur les charmes que ces poësies ont pour tout esprit cultivé. Quant aux poëtes francais, il possède à fond le Roman de la Rose, Villon, Rabelais, Marot, il estime Ronsard***) et son école quoiqu'il voie bien que la réforme savante et sobre annoncée par Du Bellay et tentée maladroitement

*) Vauquelin sieur de la Fresnaye composa cinq livres de satires, un art poëtique et bon nombre d'épttres, d'idylles etc. Vauquelin avait dit: Je veux suivre la trace De Juvénal, de Perse, et par sus tout Horace; Et si j'estends ma faux sur la moisson d'autruy, Py suis comme forcé par les mœurs d'aujourd'huy.

Les diverses Poésies du sieur de la Fresnaye Vauquelin, I. vol. in 18⁰, Caen 1605. Satires liv. IV, p. 337.

**) Sat. II. vv. 16, 17. ***½) Cf. Sat. II. vv. 177, etc. Ronsard naquit en 1525 et mourut en 1585.