Régnier reconnüt bientôt la valeur peu morale de ses nouveaux amis qu'il dépeignit plus tard comme ils le méritaient,*) il manquait d'énergie de les éviter; il paratt moème quiil trouvait dans le commerce de ces bohémiens sans feu ni lieu un attrait toujours croissant.
Il est remarquable que, quelques ans après, son oncle trouva bon que Mathurin quittàt enfin la société des gens libertins qui, contents de vivre au jour le jour, avaient exercé sur ses mœurs une influence bien dangereuse. Il m'avait rien à objecter lorsque, en 1593, Mathurin prit la résolution d'accompagner le cardinal de Joyeuse**) dans son voyage à Rome, car il espérait que son neveu, pendant son séjour dans la maison du dignitaire ecclésiastique, s'accoutumerait à une vie plus réglée et que l'influence de Mr. de Joyeuse lui ferait enfin obtenir un bénéfice qu'il avait brigué en vain pendant son sé- jour à Paris. Arrivé à Rome, Régnier se livra avec zèle à l'étude des anciens. Ce sont particuliborement Horace, Juvénal, Perse dont les poésies l'occupaient dans ses heures de loisir, comme il retrouvait dans son propre esprit les idées qui avaient animé ces poëtes immortels. Aussi ne pouvait-il pas échapper à son coup d'œil sr que les vices et les ridi- cules de son temps avaient beaucoup de ressemblance avec ceux des Romains du premier siècle de notre ère. Si cependant le séjour de huit ans à Rome contribua beaucoup à étendre les connaissances littéraires du jeune homme, son attachement à Mr. de Joyeuse ne lui rapporta pas les récompenses qu'il avait espéré en tirer,***) soit que le cardinal n'approuvt pas ses déréglements dont il ne pouvait se débarrasser, ou que Régnier ne sůͤt mettre habilement sa muse au service de son illustre maitre. Enfin, dégoũté de son séjour à la cour du cardinal où pil pense avoir esté maintefois agréable“(II. 68) sans en avoir tiré le moindre avantage, il retourne en France pour y tenter fortune de nouveau. Sa longue absence de Paris lui avait cependant aliéné ses anciens amis, et c'est pour cela que nous le trouvons, quelques mois après, pour la deuxième fois à Rome, où il avait accom- pagné cette fois Philippe de Béthune, frère cadet de Sully, qui'y avait é6té envoyé comme am- bassadeur du roi de France. Malheureusement son séjour dans la maison du cardinal de Joyeuse ne l'avait pas rendu plus sage, ou, à parler plus exactement, Texemple de beaucoup d'autres écrivains qui, en flattant les grands, étaient parvenus aux plus grands honneurs ne pouyait le porter à les imiter, La conséquence naturelle en fut que, malgré son attachement à son nouveau maitre, il restait pauvre comme auparavant. II parait que ce dernier séjour de Régnier à Rome ne dura pas jusqu'à la fin de l'ambassade de M. de Béthune, en 1605, mais qu'il quitta Rome avant le départ de son mattre; car il prit possession de son Canonient à Téglise de Notre-Dame de Chartres le 30 juillet 1604. Après la mort de son oncle Desportes, en 1606, le roi lui accorda des revenus des Veaux-de- Cernay une pension de 2000 livres dont il Jouit jusqu'à sa mort. Il en témoigna sa
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*) Sat. If. vv. 43-148. IV. vv. 135 ciio. en **) François de Joyeuse, cardinal 1583, archevéque de Nulcnsa 1585. 2851 0b* *ꝓ*) Sat. II. vv. 69—74.


