esprits du temps, ne''accueillit avec bienveillance et ne l'introduisit dans des sociétés où un jeune poëte ne pouvait manquer de reconnaissance et d'encouragement.
Mathurin avait seize ou dix-sept ans lorsqu'il arriva à Paris. On a dit que, lors de son arrivée dans cette capitale, l'dme du jeune homme était déjà profondément per- vertie et viciée, mais ce jugement nous semble un peu trop sévère. II est vrai que ses parents avaient été trop chargés de leurs propres affaires pour qu'ils eussent pu exercer une utile surveillance sur la conduite de leur fils, aussi les habitués du Tripot Régnier à qui Mathurin avait ordinairement récité ses poésies n'avaient-ils pas été des gens dont le commerce eðt pu lui éêtre avantageux, mais nous sommes convaincus qu'un homme Posé et austère aurait facilement réussi à le détourner des déréglements de sa vie, qu'il l'aurait au moins retenu de nouvelles extravagances offensantes. Cependant son oncle n'avait pas ces qualités. Quoique la vie peu régulière de son neveu lui füt connue, il ôtait lui-même trop mondain pour trouver dans la conduite du jeune homme trop d'nconvenance. Il nous semble même qu'il se réjouissait de l'esprit d'indépendance et de la gaieté ju- venile, qui se manifestaient dans la vie et dans les poëmes de Mathurin, sans craindre que sa nature facile et indulgente ne le portät en peu de temps plus loin et ne le menât dans des sociétés où un jeune homme de dix-sept à dix-huit ans devait infailliblement faire naufrage. Aussi ne pouvait-il se résoudre à enflammer son neveu pour L'étude épineuse de la théologie, dans laquelle il est si difficile, méme avec de grands talents, de fixer sur soi les regards du public et de se faire une réputation durable. Il le mit en rapport avec les poëtes et les beaux-esprits du temps qui fréquentaient sa maison et dont Mathurin devint bientèt l'ami intime. Les poésies de Régnier correspondant à l'esprit dominant alors ne manquèrent pas de lui gagner l'admiration de ces hommes et de beaucoup d'autres personnages célèbres de la éapitale. Cette admiration accordée au jeune poëte de la part des hommes qui étaient comptés parmi les célébrités du Par- nasse français ne contribua pas peu à le déterminer à suivre la carrière commencée. Toutefois ce commerce ne lui suffit pas. Conduit par son penchant pour les plaisirs, il hantait aussi d'autres sociétés qui jouissaient d'une beaucoup moindre renommée que celles dans lesquelles son oncle l'avait introduit.(yest particulierement le cabaret nommé „la Pomme de pin*) qui'attirait et où s'assemblait la Bohéme littéraire de Paris. Quoique
*) Ancien et fameux cabaret de Poris presque vis-A-vis l'église paroissiale de la Magdeleine, proche le pont Notre-Dame. Rabelais parle de la„Pomme de pin“ comme d'un cabaret célèbre:„Puis cauponizons ès tabernes méritoires de la Pomme de pin, du Castel, etc.“ Le poëte Villon en a fait mention dans son petit Testament, quatorzième couplet:„Le trou de la Pomme de pin“;; et dans son grand Testament:
Aller, sans chausse, en eschappins, Tous les matins quand il se lieve, Au trou de la Pomme de pin.
Il en est aussi parlé dans les Repues franches:— L'ung fit emplir de belle eaue claire,
. Et vint à la Pomme de pin. Boileau, dans sa troisième satire, parle de Crenet, ou Creney, qui tenait ce cabaret. Poitevin: Oeuvres etc. p. 126.


