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Ménippée,*) on retourna même encore une fois au genre de Rabelais. Mais la nouvelle dre pour la Satire n'était pas très-éloignée. La gloire d'avoir atteint ce que les poëtes de la Pléiade m'avaient que pressenti, mais ce qu'ils n'avaient su exécuter appartient à Thomme sur les satires duquel nous nous sommes proposé d'crire, et qui est nommé avec raison le père de la satire frangaise: nous parlons de Mathurin Régnier.
Mathurin Régnier, fils ainé de Jacques Régnier, notable bourgeois de Chartres et de Simone Desportes, scœur de Pabbé Philippe Desportes,**) poëte renommé, naquit à Chartres le 21 décembre 1573. Ceest dans cette même année que Jacques Régnier fit batir des démolitions de la citadelle de Chartres qui lui furent accordées par le crédit de l'abbé Desportes, un jeu de paume, le Tripot Régnier qui, dès la première année, fut bien fréquenté et lui rapporta de considérables bénéfices. Quoique Jacques Régnier füt un homme de plaisir, il désigna le jeune Mathurin à l'état ecclésiastique et le fit tonsurer***) à Pâge de onze ans, ne doutant pas que l'nfluence de son beau-frère à la cour n'assurât un jour à son fils une position estimée et enviable. Mathurin passa les années suivantes dans sa ville natale dont les établissements scientifiques lui fournissaient l'occasion de se préparer pour l'état auquel son père l'avait destiné. Quoiqu'il suivit d'abord avec ardeur les cours théologiques, il se sentit bientôt d'un penchant irrésistible pour la poésie. Aussi les poéësies de son oncle qu'il entendait très-souvent lire et même réciter ne tardèrent pas à faire une profonde impression sur l'esprit du jeune homme et à lui inspirer le désir de se rendre illustre à son tour. Cependant son humeur gaie et les vives et joyeuses fan- taisies de son esprit le menèrent dans un chemin bien différent de celui que son oncle avait choisi. Tandis que Desportes s'était acquis une grande réputation en rimant des sonnets et des rondeaux, le jeune Mathurin suivit son penchant pour la Satire, genre de poésie auquel la littérature française a dù une grande partie de sa splendeur. Cependant ses premiers essais poëtiques ne furent pas goũtés de son père qui, à peine averti que son fils dirigeait sa verve contre quelques bons Chartrains qui fréquentaient chaque jour son tripot, ne put s'empéècher de le chatier publiquement d'une manière qui excita dans le cœur de Mathurin le désir d'abandonner la maison paternelle et de se rendre à Paris oà il espérait pouvoir se livrer en toute liberté à la mobilité de son humeur sans craindre le courroux de son père. Lexécution de ce dessein ne lui causa pas trop de difficultés. Son onele Desportes vivait à Paris, et Mathurin ne doutait pas que celui-ci, élevé par la protection de la cour et des grands-seigneurs et f8ts parmi les poëtes et les beaux-
*) La Satire Ménippée composée par Pierre Le Roi, Jean Passerat, Nicolas Rapin et d'autres hommes de profond savoir est dirigée eontre les Ktats tenus à Paris par la Ligue, en 1593.
**½) Philippe Desportes, natif de Chartres, était chanoine de la Sainte-Chapelle, abbé de Tiron, de Bonport, de Josaphat, des Vaux de Cernay et d'Aurillac. Il mourut en 1606. Poitevin: Oeuvres com- plètes de Régnier, p. 28.
***) Régnier fut tonsuré par Nicolas de Thou, évéque de Chartres, le 31 mars 1584, d'après le recherches de M. Lucien NMerlet; d'après Brossette, le 31 mars 1582.


