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Dans son principal ouvrage„Recherche de la vérité“ quelle sagacité ne déploie-t-il pas à nous montrer les causes de nos erreurs! A quel point ne sait-il pas identifier les résultats de la pensée avee les données de la foi!
„Les Pensées“ de Pascal, ouvrage dans lequel il s'annonce comme défenseur du chris- tianisme, sont comme des ruines éparses, des statues antiques ou comme un torso qui, même dans son état mutilé ou inachevé, nous donne une idée parfaite de ce qu'il aurait pu deve- nir, si la main de Tartiste n'avait pas été glacée tout-à-coup en le sculptant.
Que dirons-nous enfin des écrivains de Port-Royal? Puisant aux sources de la religion et de Tantiquité, ils ne se lassaient pas d'assortir le dépôt du bon godt et de la saine litté- rature. Citons seulement Arnauld, fondateur de la maison de Port-Royal, philosophe par excellence, auteur peut-être lui-mème de la Grammaire et de la Logique de Port-Royal; Nicole, connu par ses„Essais de Morale“ un des premiers et des plus profonds connaisseurs de la nature humaine; enfin Lancelot, Duguet, les deux Le Maitre, frères et beaucoup qT'autres. Ces hommes vénérables n'étaient pas, il est vrai, philosophes d'après le goũt du sibcle suivant, c'est pourquoi celui-ci leur en refusait le titre. Les écrivnins les plus renom- més du dixseptième siècle construisnient leurs édifices sur des bases religieuses et morales; ceux du dixhuitième, à quelques exceptions près, sur des fondements tout-àfait différents. Ceux-ci ont été préparés par la philosophie des Anglais sous la conduite de John Locke (1632— 1704) dont le précurseur était Thomas Hobbes(1588— 1679). J. Locke pourra etre cité comme le fondateur de Pempirisme et du matérialisme moderne. II professait deux principes
fondamentaux dont l'un se tient dans la négation:„Il n'y a pas d'idées innées“; l'autre dans Taffirmation:„Toute connnissance humaine part de Texpérience“. D'après lui il m'y a que la sensation et la réflexion qui amènent toutes les idées à P'esprit humain. Ces idées sont ou simples ou composées. Les idées simples sont celles qui sintroduisent dans Fesprit comme les objets se présentent au miroir; les idées composées(complexes) sont celles qui à Taide des facultés de Pesprit se forment par la combinaison et le rapport. Il s'ensuit que Thomme tient de Pexpérience tout ce qu'il snit et ce qu'il croit savoir, que d'elle seule viennent toutes ses connaissances; d'elle seule aussi tous ses préjugés. Cette philosophie, fondée sur le réa- lisme, se présente comme un empirisme incomplet, sans conséquence, mais on voit bien déjà quelle direction elle va prendre et à quel point elle aboutira enfin.— Lempirisme de Locke fut adopté par Isaak Newton, Samuel Clarke, élève de Newton, moraliste par excellence, W. Wollaston, le comte de Shaftesbury, Francis Hutcheson et plusieurs autres. Ce ne fut que Dav. Hume qui en tira les conséquences. Le centre de sa philosophie cest la critique de la causalité qui, pour lui, n'est rien d'autre chose qu'un rapport de succession. Lhabi- tude de voir que deux choses se suivent lune après TYautre, nous porte à croire que Pune résulte de Tautre, que, par une nécessité inhérente et absolue l'une doit toujours être pro- duite par Pautre. Cest une erreur, dit-il, qui nous conduit à concevoir des idées qui ne répondent ni à Pexistence ni aux qualités des choses, et conséquemment toute notion, expri- mant un rapport de nécessité, toute connaissance apparente d'une connexion réelle et objee- tive des choses ne sont enfin dues qu'à Passociation T'idées. Avec cela Hume prononoe la
négation de Tidée de substance, puis celle de son propre ego et enfin celle de Tame elle- méême: c'est le scepticisme le plus accompli.


