Aufsatz 
Le déisme en Angleterre et son influence sur les littératures anglaise et française / H[ermann] J[osef] O'Brien
Entstehung
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4.

la mer, seulement pour avoir le plaisir étrange de voir des débris et des cadavres; nous porterions le même jugement sur celui qui apporterait des matières combustibles à l'endroit de Pincendie, pour en agrandir les flammes. Néanmoins il y a de tels insensés, hommes, autrement doués d'esprit et raisonnables quo ad hoc, qui, ayant la prétention de se poser en chefs de file des grands esprits de leur nation et croyant à leur vocation providentielle de corriger et de détourner la marche des destins du monde, ne se lassent pas de pousser la littérature dans la voie périlleuse des innovations inconsidérées et précipitées.

Il y a sans doute une marche constante et imperturbable vers la perfection, Thistoire nous en a tracé les vestiges à chaque page; mais au sein de la société cette marche doit s'opérer sans secousses, sans bouleversements, sans attaques directes et brusques aux autorités établies. L'organisation de la société est extrémement subtile et susceptible de la moindre influence; chaque attouchement d'une main rude et gauche se propage par toutes les fibres du corps et en altère l'état normal de santé; c'est une expérience incontestable, une vérité assise. Malgré cela ambition et l'égolsme de quelques individus, se croyant les coryphées de Fopinion publique, ne permettent point cette marche douce et tranquille, ce développement naturel. Poussés par une haàte fiévreuse de se distinguer, de s'élever au dessus du niveau de leurs contemporains, ils ne consultent ni Phistoire du passé ni les expériences du présent et ne se rebutent pas du tout de transposer pour quelque temps de fond en comble les élé- ments de la société. Ces novateurs commencent par saisir une erreur, par démontrer un abus, par jeter au monde une idée inoffensive en apparence et tant soit peu périlleuse en soi d'abord, continuent de marcher à pas comptés, de multiplier par degrés leurs attaques con- tinuelles et finissent par lesdiriger contre les autoritées les plus sacrées, les vérités les mieux fondées.Ils combattent, d'après Fr. Schlegel, d'abord le diable, puis ils font la guerre à Jésus Christ et enfin ils vont détrôner le bon Dieu lui-même.

Quand on veut renverser un édifice, il faut en saper les fondements. Les fondements de la société, ce sont les autorités de l'Etat et de l'église. Les novateurs s'attaquèrent d'abord au plus faible de ces deux fondements, à celui qui ne pouvait se défendre que par la parole et la prière. C'était pour éprouver et faire priller leurs armes, tirées de larsenal de la phi- losophie et pour porter enfin leurs étendarts honteux dans le sanctuaire des vérités révélées. Sans doute qu'on avait fait cela depuis des siècles, mais timidement et sourdement; vers le mi- lieu du dixhuitième siècle on leva enfin la visière, attaquant de front les braves propagateurs de la foi et les défenscurs de Péglise. Depuis des siècles la philosophie avait marché sur les traces de la réligion; elle avait longtemps secouru le clergé à soutenir la controverse pour la gloire et le salut de Péglise; à cette époque la philosophie déserta pour se rendre au camp ennemi, désertion fatale dont la responsabilité principale pèse sur le clergé lui-même.- concertée par ce phénomène étrange la société en souffrait longtemps, payant cette erreur du clergé par des torrents de larmes et de sang. Encore le dixseptième siècle nous montre cette harmonie heureuse de la réligion et de la philosophie. Malebranche surtout, centre des philosophes chrétiens de cette époque, tenta de consommer T'entière fusion de la philosophie et de la révélation.*)

*) Cf. Fontenelle: Eloge de Malebranche, et d'Aguesseau: Instruction à son flls.