‘50 JOURNAL DE PHYSIQUE, DE CHIMIE
der ces couches comme formées successivement dans les lieux mêmes où elles exisent aujourd’hui? N’en avons-nous pas la preuve par l'accroissement rapide de la tourbe dans nos marais? Plus elle vieillit, plus elle devient dense, épaisse, terreusc, dégageant par la combustion une odeur de bitume ou de soufre. Enfin, un fait qu'il est important de ne pas oublier, c’est qu'il existe dans nos tourbières de Soissons, au-dessous de la couche de coquilles fluviatiles, un autre lit de tourbe pyriteuse d’envi- ron 5 à 6 décimêtres d'épaisseur. Il y a donc cu de la tourbe formée avant la présence de ces coquilles d’eau douce? Certai- nement on ne dira pas que cette tourbe ou les substances qui l'ont formée ont été déposées par les eaux dela mer. Cette tourbe a donc été primitivement une véritable tourbe de marais; il faut donc conclure que le Soissonnais est resté pendant une longue suite de siècles, couvert de vastes forêts et de nombreux ma- rais; la tourbe pyriteuse qu’on y exploite, et les coquiiles flu- viatiles qui s’y trouvent appartiennent évidemruent à une époque antérieure à ceile où la mer est venue inonder ce pays. L'ob- servateur foulant à ses pieds ces antiques débris, ces dépouilles usées des habitans du prenrier monde, voudroit en vain calculer l'iminense intervalle de temps quise trouve entre eux et nous. Il observe avec admiration, dans ces couches déposées successi- vement par les eaux douces et par celles de la mer, les grandes révolution squ’a éprouvées cette partie de notre globe, quoiqu'il ne puisse en fixer les époques.
Ceux qui, avant moi, ont soupçonné que les eaux de la mer étoient revenues sur les lieux qu’elles avoient d’abord aban- donnés, s'appuient sur plusieurs faits qui, faute de détails suf- fisans, n'offrent que des conjectures incertaines, tels que des débris d’éléphans; de rhinocéros, de crocodiles, de plantes exo- tiques renfermées dans des feuillets de schistes. On suppose, peut-être avec raison, que CCS êtres ont vécu dans les lieux inêmes où on les trouve; ponr en être plus certain, il eût fallu s'assurer des circonstances locales qui accompagnoient ces'fos- siles; il eût fallu savoir s'ils étoient confondus avec des coquilles marines, ou bien placés en-dessus ou en-dessous; quel étoit l'ordre des couches tant supérieures qu’inférieures; quelles subs- tances particulières elles contenoient. Ces observations bien fai-_ tes eussent infiniment éclairci la question.,
Que ces alluvions secondaires n'aient été que locales, le fait est très probable, maïs je laisse aux physiciens et aux géogra- phes à décider en quels lieux ont dù s'arrêter ces eaux de la mer


