14
et ascétique comme Pascal, qui méprisant et haissant tous les plaisirs et ne reconnaissant dans l'humanité que leurs erreurs, leurs perversités et leurs vices nous les peint avec une séverité ef- frayable, ne voyant autre remède que de fuir ce monde qui sous les plaisirs les plus innocents cache autant de séductions. Lafontaine ne comdamne pas l'humanité à cause de sa perversité. Il sait qu'il est impossible de vivre sans erreurs et sans fautes, que chacun a son défaut auquel il revient toujours. Il ne voit point de créature se comporter modérément; et il plaint les„pau- vres gens, car on a pour les fous plus de pitié que de courroux.“ Lafontaine rit et se moque plaisamment; il rit au milieu mêème de son émotion; ses personnages plaisantent de leur propre infortune. Et ne vaut-il pas mieux rire et se moquer que de plaindre un sort que nous ne changerons jamais par nos plaintes?„Amusons nous“ c'est son grand précepte. Jouis et fais jouir sans faire de mal ni à toi ni à personne, voilà sa morale.„Jouis, et pas dès demain; häte-toi mon ami tu n'as pas tant à vivre; jouis dès aujourd'hui.“
Il aime les plaisirs faciles, mais il les veut délicats. Il ne suffit pas d'étre gros buveur, gros mangeur, c'est l'amitié, le repos, la philosophie qui rendent la vie agréable. IIl aime les jardins, les fleurs les ombrages, la musique et„loin du monde et du bruit goũter Pombre et le frais;“ et„Le repos, trésor si précieux„Qu'on en faisait jadis le partage des Dieux.“—
Sa morale est légère, bienveillante, natve et piquante, elle est celle d'un homme bien né et plein de bon sens.
C'est donc notre fantaisie qui s'amuse dans ce monde nouveau, c'est notre esprit qui re- connatt les grandes vérités de la morale; et par notre sentiment nous prenons part au bonheur et au malheur de la société humaine. Apreés la lecture de ses fables nous sentons notre Ame tranquille et gaie; nous aimons avec Lafontaine la société humaine; nous reconnaissons nos fautes et nous tachons de nous en corriger; nous sentons le besoin de faire toujours notre devoir pour rendre heureux notre prochain et nous-mêmes, nous avons le courage de supporter tranquille- ment les maux, que l'avenir peut nous reserver; nous nous confions à la providence de Celui qui fait tout avec dessein.
Et enfin nous dirons avec lui:
„Quand le moment viendra d'aller trouver les morts „J'aurai vécu sans soins et mourrai sans remords.“
Der zweite Theil, welcher Styl, Versmass u. s. w. behandelt, kann wegen Mangels an Raum erst im nächsten Programm erscheinen.


