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„Je vais sortir d'un gouffre où triomphent les vices Et chercher sur la terre un endroit écarté, Oua d'ètre homme d'honneur on ait la liberté.“ Le poéte aurait-il en vain mis le mot de liberté tant en évidence? Je ne puis le croire; il y a là comme le pressentiment des événements qui devaient frapper la France un siècle plus tard.
B. Sur la construction de la piece.
Le Misanthrope fut, pour la première fois, représenté sur le théatre du Palais- Royal le 4 juin 1666. Il eut vingt et une représentations consécutives et, après une courte interruption, il fut joué cinq fois encore avec le Médecin malgré lui. Dès lors le suecès de cet ouvrage alla toujours en croissant, et de nos jours cette pièce est connue et esti- mée dans toute l'Europe. La Harpe en fait cet éloge:„Autant que Molière avait été jusque là au dessus de tous ses rivaux, autant il fut au dessus de lui-mème dans le Mi- santhrope...“¹) Voltaire prétend que toute l'Europe regarde le Misanthrope comme le chef d'œuvre du haut comique. ²) Moland, Nisard et d'autres auteurs frangais ont exprimé des jugements identesques. 3) Quant à moi, je ne pourrais souscrire à leur suffrage, s'il fallait supposer que le sujet du Misanthrope soit tel qu'ils le prétendent. Si Molière ne s'est proposé dans sa pièce que de recommander quelque sage indulgence envers les défauts du prochain et les usages communs, on doit encore admirer chaque scène en elle-même, mais on ne peut plus admirer la pièce comme un tout. N'y a-t-il pas, dans ce cas, beaucoup de conversations qui, toutes fines et intéressantes qu'elles paraissent, ne sont pas nécessaires à la pièce, et qui arrétent même la marche de l'action? Qui approuvera que le poëte a tant détaillé les relations qui existent entre Alceste et Célimène, ou qu'il s'est donné tant de peine pour faire voir qu'Oronte, Clitandre, Acaste, Célimène, Arsinoé etc. sont des gens méprisables, au lieu de montrer qu'Alceste a tort de porter une haine si vive contre ces hommes? Enfin comment expliquera-t-on l'acte troisième?
L'ouverture de cet acte se fait par une scène entre les deux marquis. IIs s'en- tretiennent de leurs prétendus mérites d'une manière qui nous fait rire de leur suffisance, ils se disputent le cœur de Célimène et se décident enfin de céder la place à celui d'entre
1) Voyez la Harpe page 630. 2) Voyez Moland page 3. ³) Voyez Moland page 13 ss.


