Aufsatz 
Sur le Misanthrope de Molière. Analyse et observations critiques
Entstehung
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nm'est jamais permis de louer et de flatter qui que ce soit aux dépens de la vérité, et un poëte qui oserait louer cette manière d'agir ne mérite pas d'être lu.

Il s'ensuit de ce que je viens de dire que le poëte ne peut avoir eu l'idée de se moquer d'Alceste, à moins qu' il n'ait voulu s'attirer à bonne raison l'accusation de s'èêtre joué de la vertu même. Tout le monde, certes, admire le noble caractère d'Alceste; de plus Molière nous dit, par la bouche d'Eliante, que de tels hommes sont trop rares; qui donc croirait que le même poëte ait voulu tourner en ridicule cette rare espèce d'hommes, et cela seulement parce que l'un ou l'autre d'eux pousse un peu loin son juste courroux contre les pervers du siècle. De T'autre côté il faut avouer que tout homme de bien méprise cette sorte de gens sages qui tournent à tout vent comme une girouette, et qui veulent s'accommoder avec tout le monde. Et cependant on veut nous faire croire que Molière m'a pas honte de louer Philinte, derecommander son savoir-vivre, qui, de son temps, n'etait que trop général, et de le préférer même à la vertu d'Alceste. Ce serait laà faire tort à Molière, que de lui imputer une morale de la sorte, et l'on ne doit pas oublier qu' il y va de T'honneur ſd'un poëte qui est le plus grand ennemi des vices humains et surtout du mensonge, quel que soit le masque sous lequel il se cache. Mais heureusement le poëte a pris soin lui-même de se garantir de ces accusations. Il a représenté Alceste avec tant d'adresse qu'une lecture attentive et raisonnée nous fait facilement entendre ce qu'il a voulu dire. La multitude a pu rire des extravagances d'Alceste, c'est vrai; mais tout homme de bon sens se sera dit en le voyant en scene: hélas, Alceste a raison. Que les moeurs de notre siècle sont corrompues! Plus de franchise, plus de sincérité! Voilà des gens que tout homme de bien doit aussi fuir!

Cela convenu, je vais avancer Popinion que je me suis faite moi-même sur le sujet du Misanthrope. Dès son arrivée à Paris, Molière s'était trouvé en rapport avec la plus haute société et, étant devenu un des favoris du roi, il put observer à son gré les mœurs qui régnaient à la cour. A cette époque la France semblait être arrivée au comble de sa gloire et de son bonheur. Tout le monde admirait le jeune monarque ot la splen- deur de sa cour. Les grands seigneurs vivaient au milieu des plaisirs, sans se soucier du lendemain. Mais Molière, en vrai philosophe et en observateur profond, constata avee- effroi que cette splendeur n'était qu'apparente; il remarqua que les liens qui unissaient la famille et l'Etat se relächaient, et que lhypocrisie et le mensonge étendaient de plus en plus leur domination, en sorte qu'une ruine complète devait tot on tard frapper la société, si elle ne se retirait pas de cet abime menagçant.

Voilaà le sujet du Misanthrope. Molière ne fait qu'offrir à ses contemporains une image du temps. Regardez-vous avec attention dans ce miroir, c'est cela qu'il veut dire aux grands seigneurs! Sachez que vous souffrez tous d'une grande maladie, que vous vous laissez tromper par les dehors, et que vous marchez sur le bord d'un précipice q ui vous engloutira un jour, à moins que vous ne déclariez la guerre à Phypocrisie et au mensonge! Alceste se retire du monde avee les mots:.