Aufsatz 
Sur le Misanthrope de Molière. Analyse et observations critiques
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ont besoin d'une mesure sans laquelle elles deviennent inutiles ou même nuisibles. ¹) Si l'on pense que c'est un sujet fort délicat que de blaâmer l'exagération de la vertu, on ne doit pas s'étonner de voir certains auteurs fort mécontents de Molière. Persuadés que cC'est le but de Molière, ils accusent le poëte, de s'ètré joué de la vertu et de l'avoir rendue ridicule. Le plus considérable de ceux qui ont attaqué l'intention morale du poëte est J. J. Rousseau, qui dans sa lettre à d Alembert débute ainsi:Vous ne sauriez me nier deux choses: qu' Alceste, dans cette pièce, est un homme droit, sincère, estimable, un véritable homme de bien; l'autre que l'auteur lui donne un personnage ridicule. Cen est assez, ce me semble, pour rendre Molière inexcusable ²). Gérusez tend à défendre le poëte contre cette accusation en disant:En effet, tout honnète homme quiil soit, il n'est point vertueux, puisque la vertu n'existe pas sans contrainte, sans sacrifice et- tachement de soi-mêème: or Alceste n'en est pas. ³)

Je me passerai de répondre à ces auteurs; car selon mon opinion, il est aussi superflu de défendre le poëte qu'il est injuste de l'accuser. Molière, en effet, n'a voulu ni blâmer la rude vertu d'Alceste ni louer le savoir-vivre de Philinte; du moins ce m'est pas le but principal de la comédie, comme Gérusez, la Harpe, Moland et d'autres l'ont prétendu.

Car d'abord personne ne saurait nier qu'Alceste ne soit représenté dans le Mi- santhrope comme un véritable homme de bien, et l'on ne peut lui imputer la moindre injustice. Molière lui a fait pousser quelquefois à l'extréème le besoin de dire tout ce qu'il pense, c'est vrai; mais au fond le misanthrope a raison dans tout ce qu'il dit et dans tout ce qu'il fait.)

Puis la sincère Eliante loue Alceste et elle regrette vivement que de tels carac- teres soient trop rares. Eliante elle-mêème est la seule personne outre Alceste qui mérite le respect des gens de bien. Par conséquent son jugement est des plus importants, et il me semble que le poëte s'est servi de ce personnage pour rendre justice à la vertu d'Alceste.

Ensuite tous les gens qui ont excité l'indignation d'Alceste sont méprisables; donc il ne hait que ce qui est haissable, et ce que tout homme de bien hait de mèême.

Enfin un poëte qui veut corriger les gens, ne peut pas recommander le vil savoir- vivre de Philinte.) Il est vrai qu'on peut cacher quelquefois sa vraie opinion, mais il

¹) Voyez Cours de Litt., par La Harpe, tome I. page 630. On peut comparer Oeuvres complètes de Molière, par Moland, tome IV., page 7 26, l'on trouve les observations critiques de Voltaire, de J. J. Rousseau, de M. Nisard et d'autres.

¹) Voltaire s'est placé à un autre point de vue et a opposé au Misanthrope quelques objee- tions littéraires, qu'on trouvera Moland, page 8 et 9.

³) Voyez Hist. de la litt. franç., page 166.

)Il n'a pas tort dit M. Nisard,de mépriser les hommes, mais il a grand tort de le dire si haut.

³) Sur ce point Gérusez est de mon avis, quand il dit(page 168):Philinte n'est pas davantage, dans la pensée de Molière, un modèle de vertu..... et si Philinte pour plus de süreté pousse, comme il nous semble, la complaisance un peu loin...