Aufsatz 
Sur le Misanthrope de Molière. Analyse et observations critiques
Entstehung
Einzelbild herunterladen

10

tout éclaircissement. Alors c'en est fait du grand courage d'Alceste; l'amour l'emporte sur sa colère, et il prie Célimène instamment de l'éclaircir de ce billet, afin qu'il puisse la croire innocente. Le voyant dans ces dispositions, Célimène adoucit de même son ton et, sans refuter suffisamment ses soupçons, elle le ramène entièrement sous son joug par de douces paroles. Il est vrai qu'Alceste n'est pas convaincu; il ne se fie guère à toutes les protestations d'amour que Célimene lui fait, et pourtant il estenchanté qu'elle les lui fasse. Chaque mot qu'il dit respire son ardent amour, qui va jusqu'à désirer que son amante soit réduite à un état misérable, afin qu'aucun ne la trouve plus aimable, et qu'il puisse lui- méme, en réparant Pinjustice d'un pareil sort, prouver qu'il n'y a que lui qui aime Célimène sincèrement. Avant que cette dernière lui ait répondu, on voit entrer Dubois, domestique d'Alceste, qui vient annoncer à son maitre qu'il lui faut êétre sur ses gardes, pour éviter le danger d'être arrété. Alceste s'afflige beaucoup de ce qu'il ne peut jamais jouir des charmes de la conversation de son amante, mais il lui faut se résigner. Tout ce quüil peut faire c'est de déméler ce nouvel embarras et de revenir leplus tôt possible auprès de Cêélimène. Avec ce dessein il suit Dubois.

Acte cinquième.

Alceste, retournant après quelque temps chez son amante, comme il le lui avait dit, rencontre en chemin Philinte, qui va faire visite à Eliante. Il apprend à son ami qu'il a perdu son procès, quoique personne n'ait douté de l'équité de sa cause: lartifice et les intrigues ont réussi à renverser le bon droit et la justice. Mais cen'est pas encore tout. Son adversaire lui a imputé un livre scandaleux, qui excite partout une grande in- dignation; et Oronte, à qui il m'a rien fait de mal, n'a pas honte d'abuser du crédit dont il jouit à la cour pour appuyer cette méchante imposture. Cet excès d'injustice, qu'il vient de souffrir, lui a donné un grand dégoùt pour les hommes, et lui a fait prendre la ferme résolution de se retirer entièrement de leur commerce. Philinte, surpris du ton sérieux et déterminé de son ami, se donne toute la peine du monde à le détourner de cette résolution désespéerée. Le mal, dit-il à Alceste, n'est pas si grand que vous le faites. Le crédit de votre adversaire, ébranlé déjà, n'a pas pu vous faire arrêter: le bruit, qu'il a fait courir en ville, ne trouve guère de croyance, et quant à votre procès, vous pouvez interjeter un appel, et je ne doute pas que vous ne réussissiez à anéantir cet arrêt injuste. Je ne sau- rais nier que les hommes d'à present ne soient très méchants et que la ruse et la cabale n'aient partout trop de puissance. Mais les défauts des hommes ne donnent pas aux gens de bien le droit de se tirer de leur société; au contraire, il faut profiter de cette occasion pour exercer nos vertus, et c'est enfin la marque d'une profonde vertu, que de pouvoir souffrir Pinjustice d'autrui sans s'ennuyer. Mais quoi qu'il dise, Alceste ne se laisse pas per- suader. Il veut que J'arrèt subsiste comme une marque insigne de la méchanceté des hommes de son temps; il se réjouit même qu'iil ait obtenu quelque droit de crier contre