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Philinte ne contredit pas Eliante, mais il s'étonne de ce que son ami, si adonné à la franchise et à la sincérité, peut aimer la coquette et artificieuse Célimène, et il croit qu'Alceste éprouvera un jour bien du chagrin de la part de Célimène. Si Alceste avait mes sentiments, dit-il à Eliante, il tournerait ses vœux tout d'un autre côté, et il profiterait des bontés que votre cœur lui montre. Eliante ne nie pas qu'elle ne chérisse Alceste et qu'elle ne soit prète à recevoir son amour, quand mème Célimène l'aurait congédié. Mais elle sait que l'amour a ses propres lois, et bien loin de s'opposer à une alliance entre Alceste et Célimène, elle aimerait mèême à lui procurer l'bjet de ses vœux. Philinte de son côté lui dit qu'il n'a pas manqué d'instruire son ami de l'estime qu'elle a pour Alceste; mais en méme temps il avoue qu'ilsent lui-mème de l'amour pourelle, et il la prie d'agréer l'aveu de son amour, si Alceste réussit à épouser Céliméne.
Le discours roulant encore sur cette matière, Alceste se lance dans le salon, et sans s'excuser de son entrèe brusque et inattendue, il s'adresse aussitoôt à Eliante en ces termes:
„Ahl faites-moi raison, madame, d'une offense Qui vient de triompher de toute ma constance.“
Il faut qu'Eliante, qui est fort étonné de son air effaré, lui demande plusieurs fois la cause de son étrange agitation, avant qu'il trouve assez de contenance pour lui faire part de l'outrage qu'il vient de souffrir. Jl tient dans ses mains un billet d'amour, éerit pour Oronte, qui lui prouve que Célimène l'a trahi, et que toutes ses obligeantes assurances étaient trompeuses. Mais pour punir la perfide autant qu'elle le mérite, il veut rompre avec elle, après Ini avoir fait avouer son manque de foi, et il prie Eliante d'accepter dans son cœur la place de son indigne cousine. Eliante, sans cacher son amour pour lui, refuse son offre; elle est trop fine pour ne pas prévoir que la seule présence de Céliméne, qu'on voit arriver, suffira pour faire oublier à Alceste toute pensée de vengeance. Elle se retire avec Philinte pour laisser le misanthrope seul avec son amante.
A peine Célimène est-elle entrée, qu'Alceste l'aborde brusquement et l'accuse de perfidie. C'est moins, dit-il, du refus de mes vœux que je me plains, car je sais qu'on ne peut pas entrer par force dans un cœur, et que toute àme peut choisir qui lui plaira; mais c'est une perfiddie que de trahir ma flamme après l'avoir longtemps nourrie par un aveu trompeur. Il est bien entendu que Célimène ne sait pas, comment il peut parler de trahison, et elle a quelque raison de se moquer de son grand emportement. Mais Alceste croit avoir de quoi confondre la perfide. Jetez ici les yeux, s'écrie-t-il, en lui présentant la lettre. Cependant il se voit cruellement trompé. Elle ne désavoue pas la lettre, et pourtant elle ne rougit point du tout; au contraire, elle lui rit au nez, parce quiil fait tant de cas de cette lettre. Lorsque Alceste, étonné de cette effronterie, lui demande, si ce n'était pas le trahir que davoir écrit un billet de la sorte à Oronte, elle lui répond que cette lettre est adressée à une femme. Voilà un détour auquel Alceste ne s'est pas attendu. Ahl Madame, lui dit-il, vous me trompez; si vous voulez que je vous croie, montrez- moi, de gräce, comment de telles expressions peuvent s'expliquer pour une femme. Mais Célimène, lassée d'ètre querellée, prend tout à coup un autre ton et refuse brusquement


