— 6—
Célimène cesse d'insister et même lui donne congé avec un peu de froideur, il prend su- bitement la résolution de rester pour forcer son amante à se décider.
A peine Acaste et Clitandre sont-ils entrés en mème temps que Philinte et Eliante, cousine de Célimène, que la conversation s'engage aux dépens du prochain. Les portraits que Célimène fait de Damon le raisonneur, de Timante le mystérieux, de Gerald le glorieux, de Bélice le pauvre esprit de femme, d'Adraste, homme plein d'amour propre, de Cléon qui se fait tout son mérite de son cuisinier, de Damon le diseur de bons mots, tous ces portraits sont admirables. Quant à Alceste il s'indigne de tous ces traits de médisance que Célimène et sa société viennent de lancer sur les absents, sur les mêmes gens qu'ils voient tous les jours en qualité d'amis. Ce qui Jafflige de plus c'est que son amante joue le rôle principal dans ces discours médisants. Cependant il décharge sa colère surtout sur Acaste et Clitandre qui louent Célimène pour son art de bien peindre les gens. Car, dit il,
„C'est ainsi qu'aux flatteurs on doit partout se prendre Des vices où l'on voit les humains se répandre.“
Philinte et Célimène raillent Alceste sur son humeur contrariante, pour couper les fächeux débats qui vont s'engager entre Alceste et ses rivaux. Alceste, disent-ils, contre- dit pour le seul plaisir de contredire; il condamne lui-mêème tout ce qu'on vient de reprendre dans ces gens, et c'est seulement son chagrin qui ne lui laisse jamais souffrir ni qu'on blâme, ni qu'on loue personne. Mais Alceste n'entend pas raillerie. Après avoir bien refuté les reproches qu'on lui a faits, il donne à Célimène le sincère avis de bannir ces laches amants qui n'ont pas honte d'encenser mèême ses défauts, et enfin, trop excité aussi bien par les moqueries de Célimène que par l'insolence d Acaste et de Clitandre, il demande à son amante de se prononcer pour ou contre lui. Celle-ci, toute rusée qu'elle est, n'aurait pu résister à cette demande trop directe, si un incident imprévu et heureux ne P'avait pas tirée d'embarras. Avant qu'elle ait répondu, un garde de la maréchaussée vient informer Alceste que les maréchaux le mandent à leur tribunal pour une affaire d'honneur que la désapprobation du sonnet lui a value avec Oronte. Alceste obéit a Tinvitation et se retire, disant à Célimène qu'il reviendra bientot.
Acte troisième.
Célimène s'étant éloignée pour quelques moments avec Eliante, Clitandre demande à Acaste le motif de cette joie qu'il montre partout. Acaste, tout étonné de cette question, énumère ses nombreux merites et trace un portrait aussi plaisant que frappant d'un gentil- homme à la mode d'alors. Voici la liste des mérites dont il se glorifie. Il se vante de sa fortune, de sa jeunesse, de la noblesse de sa race, du courage qu'il a montré dans une affaire d'honneur, de son esprit, de son goút à juger sans étude et à raisonner de tout, de son adresse, de son bon air, de sa bonne mine, de ses belles dents surtout, de


