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cette carriere sanglante par l'assassinat de Clarence, s'écarte de l'histoire, ce qui est suffsamment mnotive par le but anquel tendait Glocester; car Clarence, son frere ainé, était le premier qui, après la mort d'Edouard IV, eut pu lui ôter l'espérance de parvenir au trône. Aussi était-il permis de s'écarter de l'histoire en ce point, puisque Clarence perdit la vie d'ane facon mystérieuse. Alors Shakspeare nous conduit à travers toutes les intrigues, calomnies, accusations et décapitations les- quelles étaient nécessaires pour le faire atteindre au but de ses efforts. D'après ce poète, il y parvient d'une manière qui nous dépeint son humeur cafarde encore plus clairement que l'histoire ne le fait; je veux dire la scène oi il se trouve entre deux évéèéques sur un balcon,*) et où Bu- ckingham, à la téte des bourgeois de Londres, lui persuade d'accepter la couronue. Shakspeare suit l'histoire en ce que Glocester ne fait mourir les princes qu'après ètre parvenu au trône, de sorte que l'usurpateur semble penser qu'il dépend de la mort des princes, non pas tant d'obtenir la con- ronne, que de la conserver. Dans Shakspeare, cette mort u'est qu'un point accessoire: le poète glisse légèrement dessus, et ne nous fait pas voir le séjour que les princes font à la Tour, moins encore la scène de leur assassinat, et il n'entre pas non plus dans les détails du caractère de Tyrrel, quoique d'ailleurs les caractères de meurtriers ne soient pas rares dans les tragédies de Shakspeare. L'importance méème qu'il attribue à cet événement parait moindre qu'elle n'est en vérité et dans l'histoire. Daus le tragique anglais, ce n'est encore que l'assassinat de Buckingham qui suecède à celni des deux princes, jusqu'à ce que l'usurpateur soit vaincn par Richmond, et qu'il périsse dans la bataille de Bosworth. Aussi dans Delavigne, Glocester ne songe qu'à s'emparer de la couronne: mais il croit ne pas pouvoir atteindre à ce but sans faire mourir les princes, c'est pourquoi cette mort est la catastrophe que le lecteur voit venir avec inquiétude. Voilà justement à quoi tout mene et vise dans Glocester. Par cette raison, dans le poète francais, le caractère des princes est néces- sairement beaucoup plus exprimé; la manière dont Glocester réussit à les mettre à la Tour devait etre indiquée plus exactement; la vie qu'ils y menaient par rapport an gouverneur éphémere devait ètre peinte beaucoup plus en détail que tout cela ne se trouve dans Shakspeare; par cette raison enfin, Tyrrel devait jouer un roͤle de plus d'importance. Ce rôle captive sans doute notre intérét beaucoup plus que si ce meurtrier avait été incapable de compassion.
Maintenant, apres avoir exposé, en peu de mots, le rapport général qu'il vy a entre le sujet de la tragedie de Delavigne et la Shakspearienne, il faut que nons indiquions ce rapport dans les détails des deux pièces. Commencçons donc par les ſaits, tels que l'un et l'autre poète nous les offre.
Le commencement du second acte de Richard III, c'est-A-dire les derniers moments d'Edouard
IV, quoique antérieur à l'entrée de la piece francaise, nous fournit matiere de comparer les deux
1) Acte III. Scène 7.


