13
espere avec impatience de voir la reine et son ſils revenir de Westminster, et en la remarquant enſin, il éprouve une joie cruelle. Mais quelle est sa fureur, lorsqu'il voit de loin la reine seule, sans son fils Richard; c'est qu'il croyait déjà avoir sa proie sous ses griffes. Cependant il s'était trompé: Richard ne se doutant pas de courir aux ongles du tigre, avait devancé sa mère. Mèéme
P P.
lorsqu'Elisabeth a recu la lettre de Buckingham, Glocester ne cesse pas de s'efforcer à déètruire d* 8 2 P les soupcons de la reine. Néanmoins, tout en grondant au sujet de cette infame calomnie, il voit 5 2 3„ bien qu'il y aura rupture entre lui et la reine; il dit*) done qu'il veut faire le possible pour em- pécher qu'une femme n'exerce encore la môme influence que du vivant d'Edouard IV: cette femme, la veuve de lord Gray, qu'il accuse d'avoir semé la discorde entre Edouard et son frere Clarencc F. d et d'avoir été auteur de la mort du dernier. Pour l'inculpation proférée contre lui dans cette lettre de Buckingham, il montre de l'indifférence et du sang-froid, sans doute afin de se donner d'autant , 8, plus P'air d'être innocent. C'est ſinesse de sa part de ne faire à Tyrrel que de bien légers reproches pour avoir porté un faux coup à Buckingham; car on voit bien qu'il cherche encore à l'engager. de 8„.. 7.. 2.... 7 nouveau à l'assassinat des princes. Et lorsqu'il vient à la Tour voir les princes prisonniers, et qu Edouard lui demande, s'il était venu leur annoncer la délivration et le prochain couronnement, il .........( lui répond en apparence que oui, en disant malicieunsement:„Le roi sera sacré demain, 2) et en lui donnant un baiser de Judas.
Or, si nous ne voyons dans Glocester, tel que Delavigne le représente, qu'un scélérat achevé, qu'un frane hypocrite qui prend mème les plus mauvaises voies pour parvenir à la couronne, il est question de savoir s'il n'avait, de son côté, aucun droit, ou du moins une apparence de droit: e'est- a-dire, si le droit d'Edouard V et peut-ètre celui d' Edouard IV sur le trône d'Angleterre était en
„ P 8 effet incontestable. Il est vrai que, daus notre poète, il n'en parait aucune trace; nous savons tro
* P 2 I 5 bien que ce ne fut que Glocester qui attaquàt la légitimité du mariage d'Edouard IV avec lad d d 8 3 Gray, et par conséquent celle des deux princes. Du vivant d'Edouard IV, quelque fachée que la ₰2 1 2 1 vieille noblesse et principalement la famille des Warwicks fuͤt de ce mariage, on n'en avait pas du moins contesté la légitimite. Encore, comme Elisabeth avait été reconnue, en 1464, dans le grand conseil des lords, pour la reine d'Angleterre, il s'ensuivait sans doute la légitimité des enfants qui , 8„ 8 d naitraient de son mariage avee le roi; or personne ne doutait que ces enfants n'en fussent effecti- vement sortis. II n'en est pas de mème de l'imputation que Glocester fit à Edouard IV, en disant que celui-ci n'était pas le véritable fils du due Richard d'Vork, et qu'il n'avait pas eu de droit à la couronne. A ce sujet, il est étonnant qu'Edouard ait déjà imputé à Clarence la mème calomnie;
du moins Glocester n'avait pas honte de la proférer en public ct de la faire répéter dans le sermon
1) Acte II, vers 515— 520.— 2) Acte III, vers 297.


