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pourrait-on comprendre la raillerie que Richard fait au sujet de la taille de son onele?¹) D'abord, cachant de son mieux ses projets sanglants, il évite de parler du couronnement d'Edonard V, lequel Richard croit si prochain; il ne fait que former bien des voenx pour la vie et le salut des denx enfants et cherche à ôter toute erainte à la reine. Son infäme hypocrisie concernant la décapitation de lord Hastings et l'arrestation de lord Rivers n'est tonute claire qu'a celui qui connait l'histoire et qui sait de quelle manière ignominieuse il a fait bérir l'un et l'autre. Eu exposant les raisons qui P'ont déterminé à arrèter lord Rivers, il use d'un artifice si subtil, qu'il atteint parfaitement son but; et il n'agit pas moins malicieusement en mettant sur le dos de la noblesse le bruit sur l'illegitimité du mariage d'Edouard IV avec lady Gray, qnoique ce ne fut que lai-méme qui l'avait controuvé et débité. Il se moque le plus amèrement de la morale de Buckingham qui lui donne le conseil de ne pas accepter la couronne en cas du'on la lui offre. Qu'il sait bien faire le généreux et l'indulgent, lorsqu'Elisabeth- impose à son fils Richard une peine qui euùt pu coufondre ses desseins homicides. Etant informe de la fuite de la reine et de son fils à Westminster, ce n'est pas tant le respect pour la sainteté du lieu, que la crainte de la puissance des prétres, qui l'empèche d'en arracher Richard par force; et présumant que c'est Buekingham qui a inspiré ce soupçon à la reine, il arrète avant toutes choses la perte de celui-ci; car ce qui J'indigne ce plus, c'est„de faire tout a moitié, en vertu comme en vice.“ ²) IIl est done bien aise de trouver dans Tyrrel un homme capable de fouler aux pieds tous les principes de la morale, un homme complet qui, dit-il, le réconcilie avec l'humanité; 3) c'est-à-dire qui ne le fait pas désespérer de l'humanité. Bientot apres, Buckingham refusant d'arracher par force la reine du sanctuaire, il fait semblant de se repentir de ce dessein et aſin de dissiper jusqu'au moindre soupcon, il lui propose de gouverner le roi en commun avec lui. Quelle feinte joie, quelle fausse humilité qu'il montre au moment de l'arrivée du jeune roi Edouard! Qu'il évite prudemment de répondre à Edouard lequel demande des nouvelles de son oncle Rivers! Quelle astuce que de dissuader Edouard d'aller prendre sa mère dans l'église de Westminster, de peur qu'il n'échappe aussi à ses griffes! Quelle supercherie que daccorder à Buchingham le comté d'IHéreford, en présence de Tyrrel et par la bouche du roi! IIl se donne toute la peine possible pour délivrer le jenne roi des soucis du gouvernement, lesquels, à ce qu'il dit, ¹) ne l'accableront que trop tôt. Ce qui le contrarie et le dépite le plus, c'est un certain esprit d'indépendance qu Edouard fait voir en promettant 5) d'employer tous les moyens pour découvrir et punir l'assassin de Clarence. A Tegard de Glocester, il n y a rien de plus caractéristique que le
monologue qu'il tient⁰) pendant que le jeune roi, fatigue du voyage, dort en repos. En effet, il
1) Acte 1, vers 90. 91. 1053.— 2) Acte II, vers 34.— 3) Acte II, vers 142.— 4) Acte II, vers 307. 308.— 5) Acte II, vers 362— 368,— 6) Acte II, Scene 7.


