Aufsatz 
Observations sur les enfants d'Édouard de Delavigne et sur les rapports de cette tragédie au Richard III de Shakspeare / von dem Gymnasiallehrer Dr. Müller
Entstehung
Einzelbild herunterladen

10

aux plus riches mariages, et qu'à l'exception de la foi conjugale, l'empire qu'elle avait sur son époux, était presque absolu. Nous n'avons pas besoin de rappeler au lecteur P'inimitié qui en éêtait nee, d'un côté entre Warwick et le roi, de l'autre côté entre Clarence et son frère Edouard; et bien que ceux-ci se fussent réconciliès, il n'en est pas moins certain que l'inimitié de Clarence a porté son frere à l'accuser de crime de haute-trahison. En effet, il résulte de l'histoire assez clairement qu'il ne faut imputer qu'à Edouard IV d'avoir fait mourir le duc de Clarence. Toutefois notre poète, à l'exemple de Shakspeare, a imaginé qu' Edouard lui-mèême a sans doute prononcé la sentence de mort, mais qu'il l'a révoquée après que Glocester se fut haté de la mettre en exécution. Dans les paroles plaintives qu'Edouard, étant au lit de mort, profere a cette nouvelle, Delavigne a entiè- rement imité Shakspeare.) Mais Glocester accuse, et en secret et en publie, Elisabeth d'ètre l'auteur de la mort de Clarence.

Aux yeux du duc de Glocester, la reine est encore plus ambitieuse qu'elle ne l'était en vérite, faute qu'il lui reproche si souvent et si grièvement que le lecteur ne sait à quel point ee reproche est juste. Du reste, son caractère, tel que Delavigne le dépeint, nous parait fort aimable: premiè- rement en ce qu'elle ne montre jamais de mécontentement ni de dépit au sujet de l'inſidelité de feu son mari, dont le commerce avec Jeanne Shore était pourtant assez notoire. Au contraire, elle ne parle de lui qu'avec beaucoup d'égard et d'amour, et pour ce qui est de ses fils, elle les aime avec toute la tendresse d'une mere, quoique le doux reproche que sa femme de ehambre lIui fait ²) sur sa prédilection pour le fils cadet, ne soit peut-êétre pas destitué de fondement. Mais on pourrait de- mander si cette prédilection était juste et méritée; à cet égard il faut renvoyer nos lecteurs à ce que nous dirons plus loin sur le caractère des deux princes, tels qu'ils se présentent à nous dans notre tragédie.

Il nous importe beaucoup plus de considérer le caractère de la reine par rapport à son ennemi Glocester. Dès l'entrée de la pieèce elle a des soupcons contre lui, mais elle est assez prudente pour ne les faire voir à personne; elle prend plutòôt le parti de Glocester contre sa femme de chambre, ³) ainsi que contre Richard: aussi voudrait-elle bien se faire accroire que ses soupcons secrets contre Glocester sont mal fondés. Mais qu'est-ce qui avait inspiré ces soupcons an coeur de la reine? Est-ce que Glocester avait déjà commis de ces violences et forfaits dont elle put conclure qu'il serait aussi capable d'un crime qui devait lui procurer la couronne? II est vrai que jusqu' alors il n'en avait commis que contre les chefs de la maison de Lancastre: c'est-à-dire contre Henri VI et son fils Edouard, mais elle voyait assez clair pour découvrir les projets sanglants que

Glocester avait su si bien cacher sous les dehors de l'affection et de l'attachement pour Edouard IV.

1) Voy. plus bas, oùð nous comparerons ces plaintes. 2) Acte I, vers 51. 52. 3) Acte I, vers 82 85.