Aufsatz 
Observations sur les enfants d'Édouard de Delavigne et sur les rapports de cette tragédie au Richard III de Shakspeare / von dem Gymnasiallehrer Dr. Müller
Entstehung
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et qu'il nous en donnàt plus de détails qu'il ne pouvait en donner d'apres les relations historiques lesquelles passent ce sujet sous silence. Les événements qui se font pendant leur séjour à la Tour, les discours que tiennent les princes, la joie qu'ils ressentent en revoyant leur mere, le congé qu'ils prennent d'elle, ainsi que la manière de leur délivrance projetée, tout cela a été bien ingénieusement imaginé et représenté par le pocte. Nous n'apprenons pas auparavant que Tyrrel a consenti à P'as- sassinat des princes, devant lequel il avait d'abord reculé en frêmissaut; cependant le poète nous fait suffisamment entendre que le repas auquel Glocester invite Tyrrel, doit servir de moyen pour le disposer au meurtre. En cela mème que ce meurtre se fait en présence de Glocester, le poeète s'ecarte également de l'histoire; en vérité le due était en voyage lorsqu'il fit tuer ses deux neveux. II n'y a qu'une chose sur laquelle il reste pent-étre, à la ſin du drame, un doute au spectateur: c'est le sort du due de Buckingham. A ce sujet, il est bien naturel de supposer que Glocester aura renouvelé l'essai de le faire mourir, vu que Buckingham a lächè, comme nous l'avons dit, de- livrer les princes; mais notre traégdie passe sous silence de quelle maniere il trouve sa fin. On

sait qu'étant tombé entre les mains de Richard III, il fat decapité le 2 novembre 14853.

II.

De ce que nous venons d'exposer, il s'ensuit que notre drame ne contient que six personnages qui prennent part an dénouement de l'action, et qui y sont plus ou moins interessés. Les autres jouent un rôle de trop peu d'importance ou sont tout muets. Le poète n'a pas manqué de nous représenter les caractères de ceux- assez clairement, pour que nous puissions en faire une idée bien vive et distincte. Commençons par parler des deux personnes dont l'existence forme le grand contraste tragique: je venx dire la reine Elisabeth et le due de Glocester.

Nous savons que l'élevation de lady Gray à la dignité de reineavait ulcéré jusqu'au coeur la vieille noblesse*) et qu'Edouard IV en avait beanconp sonffert; quoique, en coneluant en secret son mariage avec elle, il et bien prévn cela. Mais pourquoi cette haine s'était-elle invétérée si fortement dans le coeur de la noblesse? Seulement parceque lady Gray ne descendait d'une maison souveraine que par sa mère? Non vraiment; et les charmes qu'on ne pouvait disputer à la reine, ne pouvaient-ils pas adoncir la haine, ou peut-èétre la changer en attachement et amour? Non, parcequ'elle joignait à ces charmes un grand fonds d'ambition et de désir de régner. Aussi, avant taut, ce fut ce désir qui rehaussa encore davantage la haine de la vieille noblesse; car on sait com-

bien elle savait exercer son influence en faisant parvenir ses parents anx plus grands honneurs et

1) Acte 1, vers 247.