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Et plus loin, quand ce cri de victoire vient de s'échapper de sa poitrine haletante: Je suis grand! jé peux tout! cet autre cri de rage: Ahl la fièvre me brüle, Un poison enflammé dans mes veines circule; — Gest la mort.— Quel bonheur pour mes rivaux secrets, Si du mal qui me tuent ils savaient les progrès! Déjà des espions comptent, d'un doigt avide. Les signes du trépas sur mon front plus livide. — A moi, ma fermeté! Domine la douleur, Et défends à mon front de changer de couleur!
Ne trissonnez-vous pas à cette apostrophe à la mort: Quelques tétes encore, et puis tu me prendras! O mort, attends un peu!.... ¹)
Au point de vue de l'art dramatique, le théätre francçais qui compte de bien belles scènes en a fort peu qui soient à la hauteur de celle-ci et de celle qui la précède. Le vers plein et sonore mais parfois torturé de Victor Hugo, quoiqu'il ait l'ampleur et la hardiesse de mouvement de celui de M. Ponsard n'en a pas toujours les articulations termes et souples à la fois: le vers cadencé et musical de Casimir de Lavigne, s'il chante plus agréablement à notre oreille, manque de ce timbre métallique dont les vibrations nous font tressaillir. Si la phrase poétique de Racine nous charme par sa grâce en- chanteresse, elle effleure mollement notre àme, et si elle nous émeut souvent jusqu'aux larmes, il lui manque pourtant cette intensité d'énergie qui, s'emparant à la fois de tout notre étre, nous arrache un cri d'admiration. Il faut remonter jusqu'à Corneille pour trouver cette allure magistrale qui fait des deux scènes dont nous parlons un morceau tout à fait à part dans l'œuvre de notre auteur. Malheureusement, cette inspiration qui l'avait porté si haut, labandonne bientôt, et la scène qui termine le drame m'a plus que des beautés d'un ordre moins relevé. L'éloquence a fait place de nouveau à la déclamation, et, en dépit de la noblesse des pensées, cette dernière scène est froide et languissante. Charlotte& Danton se confessant en quelque manière, sabsolvant mutuellement, nous semblent, non pas hors de leur caractère et de leur situation, mais des personnages trop fictiks amenés là par une fantaisie de Pauteur pour débiter à l'auditoire la moralité de ce qui vient de s'accomplir. Ne valait-il pas mieux, au lieu de ces tirades sentencieuses, laisser le spectateur à lui-méme, en face de la moralité qui se dégage de l'œuvre? En voulant la développer M. Ponsard l'a délayée et T'a affaiblie. C'est un peu le„beau désespoir'“ après le„quil mouruät“ du vieil Horace. 2)
Si de ces considérations générales, nous descendons aux observations de détail, nous trouverons, qu'à l'exception des triumvirs, les personnages de M. Ponsard manquent en général de vie. Ce sont de vigoureux portraits dans lesquels on reconnait le faire
¹) Acte IV. scéne IX. ²) Corneille-Horace. Acte III. scéne VI.


