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d'un artiste distinguée, mais ce ne sont que des étres de convention que le souffle de l'auteur fait mouvoir sans les animer. Malgré l'habileté qu'il a déployée dans la création de son principal caractère, il n'a pas réussi à faire de l'héroine autre chose qu'une jeune fille tantôt réveuse et tantôt passionnée. Les éléments qui composent cette nature complexe ont été mélés plutôt que fondus: de là ces disparates, ces nuances criardes que nous signalions plus haut et qui enlèvent au personnage son individualité. C'était pré- cisément dans le développement graduel de ces éléments divers que résidait l'intérét ca- pital de l'oœuvre. Cette lutte intérieure qui s'est livrée entre les instincts naturellement doux de la jeune fille et cette passion du bien qui la pousse au meurtre était la véritable action, la seule possible. M. Ponsard a essayé à plusieurs reprises d'attaquer cette dif- ficulté: on saisit çà et là quelques traces de ce combat, mais nulle part nous my assis- tons. Le monologue où Charlotte, penchée sur la Bible, invoque le dieu de Judith, ne nous apprend que sa résolution: elle nous dit qu'elle a longtemps pensé, longtemps pleuré, longtemps prié, mais nous ne le savons guère que parce qu'elle nous le dit.— Le théatre tragique de M. Ponsard compte jusqu'à présent trois héroines: Lucrèce, Agnès de Méranie & Charlotte Corday. La première, type de la fidélité conjugale et de la femme pudique, n'a qu'un caractèére politique accidentel: elle meurt, non pas pour rendre à sa patrie une liberté à laquelle elle ne songeait qu'à ses moments perdus, si toute fois elle y songeait, mais pour maintenir immaculée la pureté du foyer domestique, et elle le dit sans arrière-pensée: „ Il ne faut pas qu'un jour, des désordres complice, Mon exemple devienne un prétexte invoqué, Quand aux devoirs d'épouse une autre aura manqué. ¹)
Agneès de Méranie, quoique impliquée aussi dans des combinaisons politiques y est encore plus étrangère que Lucrèce: si celle-ci est la personnification de la sainteté des liens du mariage, Agnéès est le symbole du dévouement conjugal et de la mere de famille, Ecoutez ses dernières paroles alors que mourante et soutenue par son époux, elle lui dit:
Oh! merci! c'est la mort... c'est une douce mort. Va, quand je te fuyais je souffrais plus encor... Du courage, Philippe! O ma chere famille!
0 mon petit garçon! O ma petite fille! ²)
Charlotte Corday devrait-étre le type du dévouement civique car elle en est la victime, mais les traits qui pourraient caractériser ce type sont tellement épars, son action, bien que longuement réfléchie, parait néanmoins si soudaine et si personnelle, qu'il est presque impossible de ne pas confondre l'héroine avec un de ces assassins politiques vulgaires, égarés par une passion subite et que l'histoire compte par centaines.
Quant au style proprement dit, le drame de M. Ponsard a des beautés de premier ordre, mais il est inégal et manque d'unité. C'est tantôt le vers familier de la comédie, sorte de prose rhythmée ouù la rime et la mesure sont tout; tantôt le vers ondoyant
¹) Acte V. scêne III. ²) Acte V. scèêne III.


