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qui ne regardait point en face, ¹) celui qui soutenait les thèses, les plus absurdes avec le sang-froid de la conviction. Ce Danton, e'est bien le Danton que nous connaissons tous: le front large, l'œil étincelant, la voix tonnante, le geste brusque et impérieux: ce Marat, „c'est bien lui, regardez plutôt ce visage hideux, ces yeux éteints, cette paâleur terreuse, livide: écoutez cette voix rauque, stridente, ces exclamations qui résonnent comme le cri de l'hyéne qui quéte une proie. Ne dirait-on pas un cadavre qu'un courant électrique a animé pour un instant d'une vie factice mais terrible? Ces hommes, écoutez-les par- ler. Quel dédain! quelle logique! quelle ivresse d'orgueil! Ces trois hommes, c'est plus que Robespierre, Marat& Danton, c'est plus que la Révolution française, c'est l'-Homme, Thomme qui a rompu avec ses origines divines, l'homme livré à ses instincts les plus féroces, rhomme qui ne croit plus qu'en lui-méême et qui a dit„Dieu?... C'est moi!“ Cependant cette victoire, si toute fois on peut appeler de ce nom le résultat de cette lutte effrénée, west pourtant pas complète: la voix divine murmure encore au fond de ces consciences que les passions ont dévastées, et ce qui le prouve, ce sont ces argu- ments par lesquels ces hommes s'efforcent de justifier, non pas aux yeux les uns des autres, mais à leurs propres yeux, les forfaits dont ils se sont souillés et dont le poids les accable à leur insu.—
Or c'était là le comble de l'art, de concentrer, en restant fidèle à l'histoire, tous ces rayons épars dans le temps et l'espace, et d'en former ce foyer d'où se dégagent, non- seulement la pensée intime, individuelle de ces trois hommes, non-seulement le caractère de L'époque dont ils sont les représentants, mais encore la pensée humaine prise dans toute sa généralité et le caractére de l'humanité dans tous les temps. Linspiration du poëte ne faiblit pas: au contraire, semblable à ces murmures lointains qui annoncent le flot montant le long des grèves, elle grandit, se développe par un mouvement d'une majestucuse grandeur, et se déploie avec une magnificence sans égale dans le monologue de Marat. Ecoutez-le s'écrier au moment ou le dernier de ses collègues vient de le laisser scul:
Disputez-vous tous deux le champ républicain!
Allez! démasquez-vous! ruez-vous l'un sur l'autre!
Vous fondez mon pouvoir sur les débris du vôtre.
— Petits hommes d'-Etat! c'est à faire pitié!
IIs ont peur de leur oeuvre et la font& moilié.
— En marche donc! en marche!— Au bourgecis qui le chasse, Le grand seigneur vaincu vient de céder la place; Marche!— Le privilége est un doux oreiller;
La vanité bourgeoise y voudrait sommeiller;
Marche! Marche!— Le peuple accourt; le peuple arrive; Il est làA.— Parvenus! place au nouveau convive!
Les bourgeois ont chassé les nobles et les rois;
Bien!— Le peuple à son tour chassera les bourgeois!
¹) Etienne Dumont Souvenirs.


